Cause animale

A quoi servent les manifestations?

Au sein de toute cause arrive un moment crucial: la revendication. Et cette revendication passe, très souvent, par une visibilité de celle-ci sur la place publique. Cette action peut être perçue comme négative pour les un-e-s, positive pour les autres. A l’heure d’Internet et des réseaux sociaux, offrant une certaine forme d’activisme confortable at home, la question se (re)pose: à quoi ça sert de manifester dans la rue?

Dans la cause animale, ce débat ne cesse de revenir; opposant grosso modo les activistes classiques d’un côté, et les Mr et Mme Végane-Tout-le-Monde de l’autre. Alors, est-ce que les profils sont aussi simplistes que cela? Est-ce que toutes les méthodes se valent? Il y a beaucoup à débattre. Mais tout d’abord, à quoi correspond ce type de militantisme ?

J’ai demandé à plusieurs habitué-e-s des manifestations à partager leur expérience et leur point de vue sur la question, histoire de démystifier tout ça…


Alizée, jeune militante antispéciste, active notamment au sein de l’association PEA, explique avoir ressenti très tôt le besoin de manifester, après avoir ouvert les yeux sur l’exploitation animale.

« Au début, je ne savais pas si cela était légitime et efficace, mais mon objectif devant l’injustice n’était pas d’être végane, cette question serait réglée dès le lendemain, faire « ma part » ou avoir bonne conscience ne changerait rien pour les victimes, non ce que je voulais c’était que les animaux ne soient plus les esclaves de notre société : il fallait que le système change.

J’ai appris par la suite que mon intuition semblait fondée, en observant les autres mouvements de luttes sociales et abolitionnistes (contre l’esclavage, le racisme, le sexisme, l’homophobie). Les manifestations participent donc à ce processus de changement sociétal. »

Manifester est un levier utile et nécessaire qui doit être vu tel quel par les personnes souhaitant changer le sort des animaux.

Sébastien a participé à 4-5 manifestions et happenings. L’historique des autres luttes sociales est aussi pour lui un bon indicateur sur le chemin à suivre: « Énormément de droits dont nous jouissons actuellement ont été acquis par le passé grâce à des manifestions et des revendications. C’est un outil démocratique ».

Pia est militante active depuis plusieurs années au sein de Lausanimaliste puis PEA. Elle trouve très positif le fait qu’il y ait régulièrement des manifestations antispécistes organisées. « Cela montre que c’est devenu une question incontournable, à laquelle il va être de plus en plus difficile d’échapper. »

Luc est président de la Ligue Suisse contre l’expérimentation animale et pour les droits des animaux. De sa longue expérience, les manifestations restent un outil important pour viser une amélioration concrète d’une situation dans un délai relativement court.

Mais il précise: « Pour obtenir des résultats plus globaux, par exemple pour viser l’interdiction d’une pratique, ce sont plutôt des actions politiques que l’on essaye de mener par du lobbying auprès des élus. Mais c’est long à mettre en œuvre. A l’inverse, les manifs sont un moyen de pression facile à mettre en place et qui peuvent produire rapidement des effets concrets, en tout cas pour les animaux. »

Le spécisme, qu’est-ce que c’est?

Marche pour la Fin du Spécisme à Berne, en 2017.

Diverses formes de manifestations

Les manifestations peuvent aborder plusieurs formes: statiques ou défilantes, silencieuses ou bruyantes, mises en scène ou organiques, spontanées ou organisées… Elles peuvent être associées à de la distribution de supports informatifs (flyers, brochures), de collectes de dons et d’un temps de discours.

Les manifestations organisées sont soumises à des autorisations auprès des communes et parfois, des cantons. La demande doit être déposée au plus tard trois mois avant la date prévue pour la manifestation. Pour les manifestations particulièrement importantes, ce délai peut être plus long.

Marche pour la Fin du Spécisme à Genève, 2016.

Divers buts derrière l’action

La stratégie derrière cette action varie. Pour Alizée, il ne s’agit pas de «donner envie de devenir végane», mais que la question prenne de l’ampleur, qu’elle soit relayée par les médias, que les politiques se penchent sur la question.

« Petit-à-petit, les médias prennent le sujet au sérieux, plus personne ne peut dire que la situation problématique soulevée est normale et légitime. On voit alors se profiler des mesures politiques. » explique-t-elle.

Pour Sébastien, il s’agit d’user de son pouvoir de citoyen: « Voire même reprendre son pouvoir de citoyen. Cela permet, via les médias, de lancer un message aux élus-es politiques, en soulevant un problème, une injustice, une réflexion idéologique. […] Le pouvoir du citoyen c’est un droit, ou même certaines fois, presque un devoir de manifester ».

Des cibles diverses

On pourrait croire que les manifestations pour la cause animale visent les passants principalement et leur façon de consommer. Or, on constate que c’est bien souvent une autre frange de la population qui est visée par les associations antispécistes.

Pour Alizée comme pour Sébastien, il s’agit principalement de toucher les lecteurs-trices des presses quotidiennes, les téléspectateur-trices et d’amener une certaine pression à réagir et à commenter de la part des politiques.

Alizée: « On amène dans le sillage la société à se positionner, malgré les réactions réfractaires, la question se voit légitimée par l’opposition. »

Sébastien: « Plus la fréquence des manifestations est élevée, plus il y a de personnes qui manifestent, plus la pression sur les politiciens sera forte, ce qui les obligera à prendre position sur le thème ou le problème.»

Pour Luc, plus spécialisé sur la question des tests sur les animaux, chaque manifestation, pour autant qu’elle réunisse suffisamment de monde, accentue une pression morale sur les chercheurs. Avec  le recul, il est convaincu que ces actions ont largement contribué à une amélioration dans ce domaine.

Pour avoir côtoyé ce milieu durant une vingtaine d’année, je pense que la plupart des améliorations (réduction de la souffrance) ou méthodes remplaçant les animaux n’ont été développées que parce que des manifestations ont eu régulièrement lieu.
– Luc Fournier, président de la LSCV

Manifestation contre la fourrure animale à Zürich. Photo: Alain Martin

Qu’est-ce que ça fait de participer à une manif?

Pour Sébastien, il y a toujours une certaine appréhension et il se demande: « est-ce que je dérange, comment me voient-ils, que pensent-t-ils de ma manière de militer? ».

Pour lui, cela fait partie du jeu, et il le voit comme une façon de sortir de sa zone de confort. Et puis une fois sur place, les peurs peuvent vite être balayées:  « arriver à avoir même un seul échange constructif avec quelqu’un d’autre, c’est gratifiant. On a pu déclencher un processus interne, une remise en question individuelle. On se sent utile»

Pia souligne que cela apporte beaucoup de motivation: « C’est pas mal qu’il y ait des moments où les militant-e-s se rendent compte qu’ils sont pas tout seuls, que ces moments de rencontre sont assez positifs pour le mouvement, parce que ça pousse à l’action, ça donne envie d’en faire encore plus, de se coordonner, de s’organiser contre le spécisme. Tu te rends compte qu’il y a un tas de gens pour qui c’est une question importante et qui sont prêts à aller dans la rue pour ça […]»

Pour Alizée, cela donne du courage.  « Dans un climat de solidarité, marcher ou manifester avec 100 ou 5’000 personnes qui portent la même volonté, donne de la force et du courage.

Et ce courage est nécessaire pour continuer à questionner cette société. »


En lien avec le sujet:

Manifestation pour sensibiliser à la question du foie gras, ce samedi 25 novembre à Lausanne – Toutes les infos
Conférence « Pour l’abolition du véganisme », mardi 28 novembre à Lausanne – Toutes les infos


Envie de creuser le sujet?

Le livre de Sandrine Delorme, illustré avec humour par Insolente Veggie, « Militer permet de… » est une bonne référence.

 

 

Réagir à cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *