Chroniques Tribune Libre

Allez, fais une exception c’est Noël ! Tu prendras bien un peu de cette dinde !

Ça y est, le Mois Végane organisé par l’association PEA – Pour l’Egalité Animale est terminé. J’espère qu’il a été vraiment positif pour tout le monde et qu’il a permis au plus grand nombre de personnes possibles d’obtenir des réponses concrètes sur ce mode de vie et sur son background intellectuel et scientifique.

Pour ma part, il a été incroyablement riche, j’ai eu l’occasion d’y dresser deux présentations, l’une sur l’Esprit Critique en partage avec mon estimée camarade Dora, et l’autre sur les enjeux et perspectives post-spécisme en Suisse. Il y a eu du monde et  les échanges ont été très bénéfiques pour tout le monde. Je remercie chaque personne qui s’est déplacée et engagée pour ce beau mois de novembre qui vient de s’écouler !

Cowspiracy c’est nul, l’apéro au fond, c’est mieux ! – Crédit photo : Quentin Tièche

Nous sommes en décembre, les calendriers de l’Avent ont déjà commencé à s’ouvrir, et nous mettons les deux pieds dans cette période des fêtes de fin d’année. Et il faut le dire, cette période est très dure, car à Noël, comme pour le reste de l’année, le spécisme tue !

A l’heure du foie gras, des animaux farcis par les chairs d’autres animaux, de la surabondance en tout, il faut dire que pour les animaux non humains, les réjouissances de la fin d’années ne sont même pas un mirage, c’est l’enfer, comme le reste de l’année !

Mais cette période des fêtes est aussi terrible pour énormément de militant-e-s. L’heure est aux innombrables et interminables repas de familles, où les reproches vont bon train contre un mode de vie qui souhaiterait s’abstenir de manger des morceaux d’animaux en tous genres.

On aura beau rétorquer que c’est pour une question de justice, qu’il s’agit là d’une préoccupation éthique majeure, de questions de société pour maintenant et pour les futures générations, les arguments ne nous manqueront pas. On aura beau dire, argumenter et discuter, tout cela risque fortement de se perdre dans les litres de vins rouges avalés, le flot de propos méprisants et parfois jusqu’aux attaques ad hominem venant directement de nos proches.

Pour les fêtes de fin d’années, et pour l’avoir vécu de manière répétée, demander à un.e végane de faire un effort (en acceptant des exceptions sur son mode de vie par exemple) est profondément irrespectueux et insultant. Cela revient d’une part à ne pas reconnaître l’importance des implications quotidiennes et sociétales des positions antispécistes. D’autre part, cela revient à ne pas considérer et respecter la personne qui a choisi ce mode de vie.

On nous parlera volontiers de libre arbitre, de laisser le choix aux personnes de faire ce qu’elles veulent. Mais les animaux non humains sont factuellement des personnes, et pour elles, le libre arbitre de finir dans une assiette n’est pas vraiment à l’ordre du jour !

Alors, pour ces histoires d’exceptions et de ces choix moraux, il semble pertinent d’examiner si une position intermédiaire, située entre le spécisme et l’antispécisme pourrait conceptuellement exister (en réalité c’est complètement absurde, il s’agirait là plutôt d’une expérience de pensée, mais on va dire que c’est pour les besoins de la démonstration).

Existe-il un semi-spécisme ou un spécisme respectable et responsable, comme une sorte de position où l’on pourrait continuer d’exploiter « un peu » d’autres animaux, juste pour faire plaisir aux autres humains pour les fêtes de fin d’année par exemple ?

Pour celles et ceux qui ne souhaiteraient pas aller plus loin dans ce texte, la conclusion est simplement géniale : Non…

…Bah oui, je vous l’avais bien dit, c’est absurde, mais attendez la suite de la démonstration avant de quitter le site en rage !

Certaines choses peuvent appeler à la nuance, et peuvent appeler à une sorte de demi-mesure. Nous pouvons tout à fait imaginer un bon nombre de sujets de société qui puissent voir coexister plusieurs idées diamétralement opposées, et que chacun puisse s’en satisfaire et puisse créer son propre avis, sa propre conception du monde, comme une sorte de petit patchwork, de melting-pot d’idées en somme.

Les sciences politiques, les arts, et bon nombre de sujets affairant aux goûts ou aux opinions s’y prêtent plutôt bien. Par exemple, il est tout à fait possible d’apprécier sincèrement des genres musicaux en apparence diamétralement opposés comme la « musique classique » et le hip-hop, en dépit des stéréotypes et des convenances. De la même façon, on peut tout à fait, sur un axe gauche/droite, se retrouver dans certaines propositions politiques à l’extrême gauche par exemple, et sur d’autres sujets, se positionner au centre ou à droite.

Cela n’est pas forcément toujours réellement convaincant, mais cela est conceptuellement tout à fait possible et cohérent.

Cependant, il y a beaucoup de sujets où cet appel aux nuances, au juste milieu, n’est pas possible. Pas uniquement par principe, mais car cela n’aurait aucun sens.

Imaginez quelqu’un qui tenterai de vous expliquer que la Terre est plate, ou que l’équation 1+1=3 est possible. Vous lui répondriez simplement qu’il a totalement tort, et vous auriez parfaitement raison !

I <3 Bacon LOL – Crédit photo : Nordpresse.be

Dans cette partie, peu importe de savoir si la Terre est plate ou ronde, ou combien font 1+1. Pour cette petite digression, le fait est qu’une seule réponse est possible.

Dans ce genre de cas précis, la pluralité des avis et le « chacun peut bien penser ce qu’il veut » n’a strictement aucun de sens. La Terre ne peut pas être à moitié plate ou à moitié ronde, ou encore moins les deux en même temps, pareil pour l’axiome mathématique 1+1.

Il y aura bien, dans tous les cas, des gens qui auront complètement raison et d’autres qui auront complètement tort. C’est comme ça, c’est tout et ce n’est pas grave.

Finalement, nous savons tous que la Terre est ronde, mais si l’on transpose cette problématique sur le droit des animaux, lorsque l’on discute avec les gens, les antispécistes se heurtent parfois à des raisonnements d’appels à la parcimonie, ou à la « demi-mesure » par principe, comme si nous avions, pour être de bons humains, l’obligation de viser le juste milieu pour tout.

Nous avons par exemple Jocelyne Porcher qui défend la thèse (complètement abracadabrantesque) que seul les échelles d’abattages « industrielles » sont problématiques. Un animal peut être tué avec satisfaction s’il a eu une belle vie offerte par son éleveur.  Sa mort serait une sorte de contre-don, ce qui n’a véritablement aucun sens si nous n’avons aucune raison suffisamment importante pour le faire.

En 2018, au risque de le répéter encore, vouloir tuer des animaux par plaisir, par commodité ou pour son bon loisir ou plaisir ne peut pas constituer une raison suffisamment importante pour couper des carotides.

Petit jeu : sur les trois animaux contenus dans cette image, seul un est encore en vie et dit de la merde à propos des deux autres qui sont morts, devinez lequel ! – Crédit photo : animaux-online.com

Pour certains sujets, notamment ceux faisant appels aux sciences et à la morale, un « juste milieu » n’a pas véritablement de cohérence. Nous pouvons tout à fait vivre avec des positions toutes noires ou toutes blanches, sans perdre pour autant son slip dans la tempête des nuances. D’ailleurs, c’est bien ce que nous faisons naturellement pour les droits des personnes racisées, des femmes ou des personnes LGBTQ.

En effet, on ne peut pas imaginer une position intellectuelle logique et possible de quelqu’un qui serait raciste les jours pairs et profondément progressiste les jours impairs, ou encore des individus uniquement violeur les dimanches matin, ou homophobe à mi-temps !

Dans la réalité, ces positions semblent exister, mais il semble que cela ne serait qu’un mirage. Elles correspondent à ces petites phrases du quotidien comme « je ne suis pas raciste car j’ai un ami noir », « moi, mon voisin est homosexuel » ou encore « nan, mais toutes les femmes ne sont pas comme ça mais… ». Il faudrait ajouter à ces exemples des phrases comme « Non, j’aime tous les animaux, mais bon, ce ne sont que des poissons ! ».

Ce ne sont pas des vrais arguments, et personne n’y accorde une véritable légitimité. Ces phrases sont des sortes d’aveux de positions ouvertement racistes, sexistes, homophobes, ou spécistes et ces propos sont plus le sujet de moqueries que la démonstration d’une position intermédiaire cohérente.

En disant que les positions intermédiaires sont incohérentes, je ne suis pas en train de dire que le racisme, le sexisme ou le spécisme sont défendables, car ils seraient eux plus cohérents. Bien au contraire, ces positions morales ont beau ne pas être des situations intermédiaires, elles sont sans fondement : de la même manière qu’il n’existe pas de race au sein de l’espèce humaine, les critères d’appartenance à un genre ou à une espèce ne sont pas des critères pertinents pour justifier une quelconque oppression !

Si nous revenons à notre Terre Plate, de la même manière que cette dernière est en fait ronde, les animaux non humains sont conscients, sensibles et sentients, et nous devons donc leur accorder des droits fondamentaux. N’en déplaise à ceux qui mangent des animaux et qui liront cet article, mais de la même manière que quelqu’un se trompe s’il pense que 1+1=3, vous avez tort si vous pensez que votre consommation de viande est responsable, et ce peu importe le prétexte si vous vivez dans un environnement qui vous permet de vous en passer.

C’est dommage, mais c’est comme ça. Les sciences se fichent de votre avis, de même que rien ne servira de maudire les antispécistes si vous décidez de rage de fermer l’onglet de votre navigateur web.

Ils n’y sont pas pour grand-chose si vous décidez de continuer à vivre dans le déni : il est immoral de tuer – même un peu – même une fois par mois – même si c’est bio et local – des animaux sans nécessité.

C’est tout.

Et prétendre le contraire, c’est aussi imbécile que croire en la Terre plate ou en un Dieu qui la créa en 6 jours de boulot, avec repos le dimanche et qui donna son unique parole à un Fils Sacré qui institutionnalisa après deux milles ans d’Histoire le fait de manger à outrance des animaux non humains durant ces fêtes de fin d’années et de se foutre de la gueule de celles et ceux qui s’y opposent fermement !


Nous vous souhaitons d’ores et déjà de très belles fêtes de fin d’année avec tout notre courage et notre soutien.

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