Apnée dans les abattoirs avec le docu-fiction «Gorge Cœur Ventre»

Les bêtes arrivent la nuit. Elles sentent. Elles résistent. Avant l’aube, un jeune homme les conduit à la mort. Son chien découvre un monde effrayant qui semble ne jamais devoir s’arrêter.

Tel est le synopsis percutant du film Gorge Cœur Ventre, projeté ce week-end au cinéma Bellevaux de Lausanne.  Maud Alpi, la réalisatrice, raconte comment s’est passé le tournage du film dans les abattoirs:

« J’ai tout fait pour qu’ils soient des personnages et pas des acteurs. Je n’ai jamais fait refaire un trajet à une bête. On s’est insérés dans le processus de l’abattoir pour tourner ces scènes-là. J’ai rencontré Virgile Hanrot et Boston (ndlr: les acteurs du film) ensemble, c’était un couple dans la vie. J’ai vécu avec eux avant le tournage, pour les préparer et mieux les connaître.

Virgile a appris son métier auprès du vrai bouvier de l’abattoir, on allait régulièrement observer les lieux, le travail. Boston, lui, n’a découvert l’abattoir qu’au moment de tourner. Pendant le tournage, Virgile faisait le travail du bouvier. C’est un acteur humain qui vient jouer dans une situation documentaire: parfois il se joue de cette situation, et parfois la situation le dépasse.

Pour moi c’était une expérience conflictuelle. Notre travail devait s’adapter au rythme de la chaîne. On était pris dans un rythme d’abattage, et bien sûr dans un rythme de tournage, donc dans un double rythme de production.

Ces cadences, et la nécessité de tenir physiquement dans des conditions hostiles, ça endigue les émotions. Ça n’est pas rassurant de constater à quel point on peut se blinder face à ce qui nous déchire le cœur. », explique-t-elle.

Avis d’un spectateur

Anthony, qui a pu voir le film en décembre dernier, nous fait part de son ressenti:

Gorge cœur ventre, un film dont on ne sort pas indemne…
La projection cauchemardée d’une réalité, un lieu dépeuplé, aux couleurs étranges, noir et jaune comme l’intérieur d’autre chose qu’un bâtiment: celui d’un corps, un intérieur organique et malade, bilieux. Chaud, presque comme un cocon, mais surtout comme un four poisseux, une vieille machine bruyante et fatiguée.

Ce qui marque surtout, c’est le caractère apocalyptique, désertifié du film : comme si l’abattoir tuait à vide, tournait pour rien.

Dans cette rase campagne, sale et livide, où la mort perpétue machinalement ses basses œuvres, et où la grâce perce à peine dans quelques regards d’animaux, la métaphysique de l’abattoir est avant tout celle d’un monde post humain. Tabula rasa peuplée de chiens errants, telle que le dessine le beau final en forme de clin d’œil tarkovskien.

Impeccable conclusion à un film, certes de son temps, mais qui appartient pourtant tout entier à un autre monde.

Un film de Maud Alpi, sorti le 16 novembre 2016. Projection à Lausanne, cinéma Bellevaux, sa 21 et di 22 janvier 2017 à 15h15. Projection-débat le 9 mars à Genève, Cinélux, 19h.

Page FB « Gorge Cœur Ventre »


Propos de la réalisatrice recueilli par Pacôme Thiellement.

 

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