Cause animale Ethologie & Sentience

La science révèle successivement à quel point les animaux sont intelligents

Traduction et adaptation de l’article paru en anglais dans The Fusion le 11.02.16

L’humain est une espèce très égocentrique. Nous oublions souvent que nous partageons cette planète avec des millions d’autres créatures. Nous nous vantons d’être uniques, alors qu’un nombre croissant d’études révèlent que les autres animaux sont comme nous – ou du moins plus similaires qu’on pourrait le croire. Voici un aperçu des découvertes les plus fascinantes.

Des oiseaux Bouteurs de feu

Une des premières inventions de l’humain le séparant du reste du monde animal était la capacité à créer du feu. Une nouvelle recherche a pourtant trouvé des preuves indiquant que nous ne sommes pas l’unique espèce à pouvoir le faire, et que certains oiseaux de proie mettent le feu intentionnellement dans le but de faire sortir des sous-bois leurs potentielles victimes.

Deux espèces de faucons d’Australie, le faucon brun et le milan noir, attraperaient des brindilles et autre petit bois en feu afin de les déplacer ailleurs pour répandre un nouvel incendie.

Milan noir au nord de l'Australie, survolant un incendie.
Milan noir au nord de l’Australie, survolant un incendie.

Bob Gosford, un des chercheurs de l’étude, a écrit sur son blog que « le feu pousse certains oiseaux au comportement pyrophile. Les faucons bruns survolent le front de l’incendie pour attraper des sauterelles, grenouilles, serpents, lézards et petits mammifères.»

Gosford aurait listé plus de quinze observations – de pompiers, d’aborigènes et de récits écrits – d’oiseaux australiens ramassant des brindilles en feu pour les déplacer ailleurs. Il travaille avec le géographe Mark Bonta pour faire publier les résultats de sa recherche. Bonta spéculerait même que les humains auraient appris à propager le feu en observant les oiseaux.

Pour prouver définitivement ce comportement, les deux chercheurs espèrent obtenir un enregistrement vidéo de ces oiseaux en pleine action.

Les loups chuchoteurs

Un autre trait que nous attribuons aux humains est la capacité à utiliser la parole pour communiquer. Alors que d’autres espèces, comme les cachalots, s’interpellent clairement à travers le son, la complexité du message reste souvent incomprise.

Cependant, nous sommes en train de comprendre de mieux en mieux certains langages, comme par exemple le rôle des hurlements de loups.

Une étude récemment publiée indique que ces chasseurs carnivores auraient au moins vingt-et-un hurlements distincts.loups-hurlantsL’étude la plus significative indiquerait que chaque espèce de loup a une « empreinte vocale » bien distincte les unes des autres, comme un dialecte. Le loup gris a par exemple un hurlement grave et plat, alors que le loup roux possède un hurlement aigu et redondant.

Le chercheur Dr Arik Kershenbaum de l’Université de Cambridge pense que répertorier ces hurlements nous aiderait à mieux comprendre les origines de notre propre langage humain, étant donné que la langue de nos plus proches parents biologiques, comme les chimpanzés, reste relativement simple…

« Les loups ne sont peut-être pas comparables à nous sur le plan taxonomique, mais leur comportement social est remarquablement proche à celui des humains» déclare le Dr Arik Kershenbaum dans un communiqué. « Voilà pourquoi nous avons domestiqué les chiens; ils sont très similaires à nous. »

Grimaces de cheval

D’autres animaux peuvent donc propager un incendie ou parler divers dialectes, mais bon, les expressions faciales humaines ça reste tout de même un truc de notre club privé, non? Et bien, si on s’attarde sur les chevaux, notre langage facial ne serait pas si exceptionnel à comprendre que cela.

Une nouvelle étude de l’Université du Sussex a confirmé pour la première fois que les chevaux peuvent comprendre les expressions du visage, et qu’ils peuvent distinguer une personne joyeuse d’une personne en colère.

L’étude, publiée dans Biology Letters, a observé vingt-huit chevaux réagir à des photos d’expressions faciales humaines.

« Lors de l’affichage des visages en colère, les chevaux regardaient en utilisant plus leur œil gauche, un comportement associé à la perception de stimulus négatifs » affirme le communiqué. «Leur fréquence cardiaque s’accélérait de façon plus accrue et ils ont montré des comportements que l’on lie au stress.»

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Cette conclusion rejoint d’autres recherches qui indiquent que beaucoup d’animaux observent des situations négatives avec leur œil gauche, car c’est la partie droite de leur cerveau qui traite les événements menaçants.

Dr Karen McComb, une des co-auteurs principale de cette étude, a déclaré dans un communiqué qu’il existe plusieurs explications à la réaction des chevaux:

« Les chevaux ont peut-être adapté une compétence ancestrale à lire les signaux émotionnels des autres cheveux, afin de répondre de façon appropriée aux expressions des humains durant leur co-évolution. Ou peut-être un cheval apprend de manière individuelle à interpréter les expressions humaines durant sa propre vie.»

Pas les seuls à se sentir épiés

A la lumière de cette découverte, peut-être existe-il la possibilité que les animaux épient le moindre de nos faits et gestes, un peu comme dans le livre La Ferme des animaux de George Orwell… Cette paranoïa que je ressens est typiquement humaine n’est-ce pas? Et bien non.

Une étude récente publiée dans le journal Nature Communications explique que les corbeaux peuvent déplacer de la nourriture s’ils suspectent qu’ils sont espionnés par d’autres oiseaux.

Cela insinuerait que les corbeaux sont capables de prédire comment les autres créatures pensent et à déduire la notion de ″possibilité d’être vu″. Cette manière de faire requiert la Théorie de l’Esprit – un processus cognitif capable d’attribuer des états mentaux, y compris la vision, à d’autres êtres vivants.

Pour démontrer cela, une équipe de chercheurs a mis en place une expérience dite du « judas », où un corbeau a la possibilité d’épier un autre à travers un trou. Ce trou pouvait être obstrué ou non: les corbeaux pouvaient donc se rendre compte s’ils étaient observés ou non.

Après les avoir entraînés à cacher de la nourriture dans leur espace attribué, les chercheurs fermaient le judas mais passaient des sons de corbeaux pré-enregistrés. À ce stade, même si leurs concurrents n’étaient pas visibles, les oiseaux cachaient leur nourriture rapidement et tardaient à retourner à leur cache.

corbeau-paranoiaque-cacher-nourriture

« Nous démontrons que le corbeau […] peut généraliser un acte à partir de sa propre expérience du judas, et prévoir si des concurrents audibles mais cachés pourraient découvrir sa cache » écrivent les chercheurs. « Par conséquent, nous soutenons qu’ils savent se représenter une autre « vision » pas seulement réduite à suivre des yeux des indices ».

Selon Cameron Buckner – le professeur assistant de philosophie à l’Université de Houston et un des auteurs de l’étude -, trouver une Théorie de l’Esprit chez les oiseaux annoncerait «que nous devons renoncer à la pensée populaire que nous sommes spéciaux».

Une chose cependant rend toujours l’humain unique: la capacité à concevoir des expériences ingénieuses pour jauger l’intelligence des autres animaux…

 

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A propos de l'auteur-e

Mlle L
Grande curieuse, amoureuse en cuisine, baroudeuse à petit budget. Créatrice de VeggieRomandie.ch - Organise des sessions de dessin Draw&Drink

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