Les véganes du futur et les robots – Episode #1

Début novembre au Web Summit de Lisbonne, un robot intelligent discutait avec son créateur de son droit à la citoyenneté. Coup de com’ ? Intox ? Et si à l’instar des individus non humains, nous devrions désormais protéger les individus non vivants ?

Dans cette série d’articles, j’essaie de déterminer si la notion de “droit des robots” fait sens dans une logique antispéciste.

Pour commencer, d’où vient cette idée ?

Certains pensent que les robots devraient avoir des droits, comme n’importe qui !
― Sophia (intelligence artificielle)

Il y a 20 jours avait lieu le Web Summit de Lisbonne. Sophia, de chez Hanson Robotics, a eu l’occasion de s’y présenter et d’attiser la curiosité du public.

En effet, Sophia est un robot humanoïde incroyablement réaliste. Son visage est capable de reproduire des expressions faciales grâce au frubber qui imite la peau et son réseau de neurones artificiels lui permet de reconnaître et converser avec ses locuteurs.

Sophia se présente au public du Web Summit 2016. Crédit: France Info
Sophia se présente au public du Web Summit 2016. Crédit: France Info

Son créateur, Ben Goertzel affirme qu’un jour les robots seront des citoyens parmi d’autres dans la société et qu’ils auront des droits tout comme vous et moi. Et lorsqu’on demande à la machine ce qu’elle en pense, elle semble acquiescer. « Pourquoi pas des droits pour les robots ? » rétorque-t-elle…

L’idée de faire des lois spécifiques pour protéger les robots n’est pas inédite. En février 2013, Kate Darling, chercheuse en propriété intellectuelle et en politique de l’innovation au MIT (Massachusetts Institute of Technology) réalisait une curieuse expérience sociale au cours d’un atelier organisé à Genève: elle a demandé aux participants de torturer Pleo jusqu’à la mort….

Pleo est pourtant un petit être inoffensif, so cute. Il aime les caresses et est suffisamment intelligent pour reconnaître son nom. Il sait obéir à des ordres simples et adore jouer avec les humains.

Sauf que Pleo n’est pas un être vivant. Non, c’est un petit robot dinosaure capable de simuler le comportement d’un animal de compagnie grâce à son intelligence artificielle.

[Démonstration commerciale de Pléo]

Bien qu’elle en ait été l’initiatrice, Kate Darling s’est dite perturbée par cette scène de violence gratuite, elle raconte dans une interview : « Lorsque Pleo est sorti, des gens ont mis en ligne des vidéos où ils le torturaient : ils testaient ses limites. Les réactions ont été extrêmes, les internautes étaient bouleversés, bien que – comme moi-même d’ailleurs – ils sachent très bien qu’il s’agit d’un robot. Regarder cette chose se tordre de douleur provoque en nous des réactions qui vont bien au-delà de ce qu’il y a dans l’engin. »

Kate Darling et Pleo. Crédit : Flavia Schaub
Kate Darling et Pleo. Crédit : Flavia Schaub

Aujourd’hui, la chercheuse veut accorder des droits aux robots, mais pas pour les protéger eux. Non, pour nous protéger nous du malaise qu’on pourrait ressentir à les voir simuler la douleur…

Elle s’explique ainsi : « Je ne parle pas d’une sorte de droit à la vie, qu’on n’ait pas le droit de les éteindre, etc. Je parle plutôt de quelque chose comme les lois qui protègent les animaux. A eux non plus, on n’accorde pas le droit à la vie, mais on a édicté des lois pour les protéger contre la maltraitance.

A mon avis, pas tant à cause de la douleur qu’ils peuvent ressentir qu’en raison de la réaction que leur douleur suscite chez nous. Ce n’est pas pour rien que nous protégeons beaucoup plus les animaux que nous trouvons attachants ou auxquels nous pouvons nous identifier.»

Véganes, il nous est difficile de souscrire à cette vision spéciste du droit animal. En effet, nous souhaitons la fin de l’exploitation animale parce que les animaux non humains sont des individus à part entière. Ce n’est pas juste parce que nous nous identifions à eux.

Lire: Qu’est-ce que le spécisme?

En 2014, l’orang-outan Sandra est reconnue “personne non humaine” par un tribunal argentin et une multiplication de ces exemples est encourageante* et symptomatique d’une prise de conscience progressive de l’individualité animale partout dans le monde.

Mais voilà, les avancées exponentielles réalisées ces dernières décennies dans la robotique et l’informatique nous questionnent déjà de plus en plus sur la manière dont nous devons désormais percevoir les machines.

Les machines sont-elles des individus ? Qu’est-ce qu’un individu ?

Le véganisme (et plus précisément sa grille de lecture antispéciste) ne pourrait-il pas nous permettre de mieux appréhender les problèmes éthiques que va nécessairement poser l’émergence de l’intelligence artificielle ?

Lire le prochain épisode


* Je vous invite à chercher dans un moteur de recherche “personne non humaine” pour vous rendre compte que les exemples de ce type fleurissent un peu partout dans le monde, notamment en Espagne avec d’autres primates. Parfois ce ne sont que des petites modifications mineures mais positives, par exemple en France les animaux d’élevage sont récemment passés de la catégorie “biens meubles” à “êtres doués de sensibilités”. C’est déjà ça…

 

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Tɔm Ânkh

J'ai découvert le véganisme au hasard des rencontres. Musicien, curieux, sceptique, amoureux des sciences, croyant au politique mais plus aux politiques, j'aime écrire, inventer, proposer des angles nouveaux ou simplement réagir à l'actualité.

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