Les véganes du futur et les robots – Episode #3

Dans cette série d’articles, j’essaie de déterminer si le droit des robots à disposer d’eux-mêmes, tel que proposé par Kate Darling, fait sens dans une logique antispéciste.

Je vous invite à lire la première et deuxième partie pour mieux comprendre la démarche.

Pour résumer les épisodes précédents : les intelligences artificielles ressemblent de plus en plus aux humains au point qu’on ne pourra bientôt plus les distinguer de nous. Est-ce pour autant qu’ils doivent disposer eux-aussi de droits individuels ?

Oui, mais les raisons évoquées par Kate Darling sont insuffisantes dans un cadre antispéciste, car à l’inverse de celle-ci, les véganes ne s’opposent pas simplement à la souffrance des êtres auxquels ils peuvent s’identifier mais à celle de tous les individus, humains ou non.

Mais alors, qu’est-ce qu’un individu ? Pourquoi une vache et pas une carotte ? Pourquoi pas une machine ?

« Les animaux non-humains possèdent les substrats neuroanatomiques, neurochimiques et neurophysiologiques des états conscients. » ―Déclaration de Cambridge sur la conscience (2012)

Tout d’abord, j’aimerais partager les réponses de la chercheuse Kate Darling qui a retweeté le deuxième article de cette série.

« Je me suis toujours demandé ce que les défenseurs de la cause animale pensaient de mon approche au sujet des robots, » voici une réponse par @tom_ankh

Ses propos confirment donc que ma comparaison entre son approche des robots et l’approche végane des animaux n’est pas si étonnante. Elle m’avoue d’ailleurs avoir été végane.

« J’étais végétalienne/végane à l’université. Peter Singer est un de mes héros ».

Justement, elle qui me parle de Peter Singer, c’était précisément que j’avais l’intention d’introduire dans cet épisode.

Parce que bon, les ordinateurs sont très intelligents et on les assimilera bientôt à des humains, ça on est d’accord. Mais est-ce la capacité à penser comme des humains qui fait de nous des individus ? Moralement, qu’est-ce qu’un individu ?

Pour les antispécistes, l’individualité s’exprime à travers la sentience, cette capacité qu’ont certains organismes à “vivre” psychologiquement et/ou émotionnellement les informations transmises par leur capteurs sensoriels.

C’est en tout cas le critère introduit justement par des pionniers comme Peter Singer pour remplacer le critère d’espèce ou le critère de volonté/intelligence. Ce n’est pas encore la conscience de soi intelligible (telle que l’exprime un être humain doué de parole) mais ce n’est plus juste une question de sensibilité (les plantes sont sensibles. mais ce ne sont pas des individus, cf le cri de la carotte). La sentience est un état conscient de sensibilité.

Lorsque je regarde dans les yeux d’un cochon amené à l’abattoir, je ressens sa détresse. Du moins, je l’imagine. Mais vous allez me dire, comme Descartes¹, que les animaux ne sont que des machines perfectionnées, qui n’ont pas d’âme et que ces cris poussés par l’animal qu’on n’égorge ne sont pas la preuve d’une réelle douleur.

Et bien, détrompez vous, la déclaration de Cambridge sur la conscience détaille l’ensemble de nos connaissances scientifiques sur la sensibilité et la conscience des différents animaux, y compris l’humain.

En voici la conclusion : « La force des preuves nous amène à conclure que les humains ne sont pas seuls à posséder les substrats neurologiques de la conscience. Des animaux non-humains, notamment l’ensemble des mammifères et des oiseaux ainsi que de nombreuses autres espèces telles que les pieuvres, possèdent également ces substrats neurologiques. »

Comparaison entre le cerveau humain et requin par SW Ranson, on retrouve les mêmes divisions de l’encéphale

J’en vois encore pour qui ce n’est pas suffisant. Ils vont me dire que déceler des indicateurs de douleurs ou de joie ne prouve rien, ces réactions peuvent très bien n’être que des réactions chimiques très complexes et pas des émotions. La seule preuve irréfutable de la douleur animale serait de la ressentir soi-même. Je souffre donc je suis.

C’est vrai, sauf que je ne pourrai jamais ressentir la douleur d’un autre être humain non plus. Les seuls indices qui m’indiquent qu’un autre être humain possède une vie psychologique et émotionnelle sont précisément les mêmes réactions externes, les mêmes expressions faciales, et la même analyse de son système nerveux² que ceux qui me permettent de déduire la vie psychologique et émotionnelle d’autres animaux non humains.

La conscience d’autrui, humaine ou animale, restera donc à jamais un mystère pour moi³. Je suis le seul vrai témoin de ma propre vie psychologique.

Vidéo: Chacun est condamné à vivre à jamais à l’intérieur de sa seule conscience

Il ne me reste donc que deux options face aux indices de la conscience d’autrui :

➡️ Soit j’accepte toutes les manifestations d’émotion et donc tous les êtres qui peuvent les produire sont des êtres sentients, et donc des individus.

➡️ Soit je refuse toutes ces manifestation que je ne peux pas expérimenter moi-même et aucun individu n’existe à part moi.

Je ne peux pas démontrer que la première option est la vraie (je ne peux pas non plus démontrer que le monde existe en dehors de ma conscience) mais je peux affirmer qu’il n’y a pas de troisième option, n’accepter que la conscience humaine, mais pas celle des autres espèces animales n’est pas une position défendable sur le plan scientifique : c’est une discrimination spéciste.

Descarte a une excuse, son discours date de 1637 et la déclaration de Cambridge de 2012. Vous non.

Bon okay, les animaux sont des individus parce qu’ils ressentent des émotions. Mais ça ne me dit toujours rien des robots. Les études de la conscience animale ne sont possibles que grâce à l’évolution (merci Darwin) et l’universalité de la vie sur terre.

En effet, tout ce qui vit sur terre est un lointain descendant des formes de vie primitive. Nous communiquons tous avec le même langage, l’ADN et nous sommes tous faits avec le même moule. On compare les espèces par analogie.

Différents cerveaux de mammifères visiblement très similaires

Il est donc possible de comparer le cerveau d’un singe, d’un cochon, ou même d’un poisson abyssale avec celui de l’être humain. Mais comment faire avec une intelligence artificielle faite de lignes de code ?

Quels seraient les indices de la vie psychologique d’une machine qui me permettrait d’y déceler un individu ?

Lire l’épisode suivant


1.« S’il y avait de telles machines qui eussent les organes et la figure extérieurs d’un singe ou de quelque autre animal sans raison, nous n’aurions aucun moyen pour reconnaître qu’elles ne seraient pas en tout point de même nature que ces animaux » ― Descartes, à propos des animaux machines dans son Discours de la Méthode (1637)

2. On sait par exemple aujourd’hui grâce à l’IRM fonctionnelle où sont les zones du cerveau activées en cas de douleur, ce qui est utilisé sur des patients en état végétatif. Ils ne peuvent exprimer leur douleur par la parole. Ce n’est pas pour autant qu’on doit la nier. C’est la même chose avec les animaux qui ne sont pas doués de parole !

3. Voir à ce sujet Quel effet cela fait, d’être une chauve-souris ? de Thomas Nagel

 

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Tɔm Ânkh

J'ai découvert le véganisme au hasard des rencontres. Musicien, curieux, sceptique, amoureux des sciences, croyant au politique mais plus aux politiques, j'aime écrire, inventer, proposer des angles nouveaux ou simplement réagir à l'actualité.

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