Antispécisme Technologie

Les véganes du futur et les robots – Episode #4

Dans cette série d’article, j’essaie de déterminer si le droit des robots à disposer d’eux-même fait sens dans une logique antispéciste. Je vous invite à lire les trois premiers épisodes (#1, #2, #3) pour mieux comprendre la démarche.

Pour résumer, la question du droit des robots est d’actualité et certains la comparent au droit animal. Nous, véganes, nous opposons à l’exploitation de tous les animaux parce ce sont des êtres sentients. Donc, pour justifier la protection des machines, il faudrait qu’elles soient aussi sentientes. Est-ce le cas ?

Les ordinateurs commencent à acquérir la capacité d’exprimer et reconnaître les affects, et pourraient bientôt être dotés de la capacité à avoir des émotions.
―Rosalind Picard  (MIT Media Lab)

Les études de la conscience animale ne sont possibles que grâce à l’évolution des espèces (merci Darwin) et l’universalité de la vie sur terre. En effet, tout ce qui vit sur terre est un lointain descendant d’une forme de vie primitive nommée LUCA.

Nous communiquons tous avec le même langage, l’ADN et sommes tous faits avec le même moule. Il est donc possible de comparer le cerveau d’un singe, d’un cochon, ou même d’un poisson abyssale avec celui de l’être humain et d’établir de raisonner par analogie. Mais comment faire avec une intelligence artificielle faite de lignes de code ? Quels seraient les indices de la vie psychologique d’une machine ?

Pour le savoir, il faut se détourner des intelligences artificielles et aller plutôt faire un tour du côté de l’informatique affective de Rosalind Picard, professeure d’Arts des médias et Sciences au MIT, qui a pour objet le développement de systèmes et d’appareils capables de reconnaître, exprimer, synthétiser et modéliser les émotions humaines. Un être véritablement émotionnel doit pouvoir :

➡️ Reconnaître des émotions (reconnaître les expressions faciales sur le visage humain par exemple)
➡️ Exprimer des émotions (pas seulement avec une voix artificielle, la machine doit manifester un certain nombre de modifications en temps réel, systématiques et simultanées de différents paramètres. Par exemple chez l’homme il peut s’agir du rythme cardiaque, de la pression artérielle, de la température corporelle, de l’activité cérébrale, etc).

Les émotions animales (et humaines) sont le fruit de millions d’année d’évolution et de sélection naturelle. Si nous les avons hérités de nos ancêtres, c’est qu’elles leur ont apporté un avantage évolutif.

Je pense notamment à la peur qui les a fait fuir le danger et éviter les pièges. Sur ce point, deux ingénieurs de l’université de Tufts (Massachusetts) ont mis au point un robot capable de désobéir à un ordre s’il juge que celui-ci menace son intégrité physique.

Ce n’est pas encore de la peur bien sûr, mais il s’agit déjà d’une machine qui se projette et évite les dangers.

[le premier robot programmé pour désobéir en cas de danger]

Enfin pour conclure cette série d’article, j’aimerais revenir sur un commentaire qui revient assez souvent lorsque j’évoque cette question et que je résumerais ainsi : les machines ne sont pas des êtres vivants, de fait, ils ne méritent pas de statut moral.

Premièrement, qu’est-ce que la vie ?

Déjà là, tous les scientifiques ne s’accordent pas entre eux. Pour le biologiste Joël de Rosnay, la vie doit répondre à trois critères :

  • l’auto-conservation : un organisme vivant a la capacité de se maintenir en vie en puisant des ressources et de l’énergie dans son milieu
  • l’auto-reproduction : un organisme vivant a la capacité de reproduire un nouvel organisme vivant
  • l’autorégulation

Selon cette définition, une machine pourrait-elle être considérée vivante dès lors qu’elle serait capable de se reproduire ? Pas sûr, car il existe actuellement des organismes réplicateurs qui ne sont pas considérés comme des organismes vivants (les virus par exemple).

En fait, comme pour tout, la frontière entre vivant et non-vivant est floue, dépend des définition, et n’a finalement rien de très concret. Définir donc une différence de statut moral sur quelque chose d’aussi ambigu n’est pas une bonne idée. En fait, cela me fait vraiment penser au spécisme.

Le spécisme discrimine moralement selon un critère : « l’espèce », qui est loin d’être aussi net et précis qu’on le pense.

[La frontière entre les espèces est poreuse.]

En science, les définitions sont souvent des outils de travail et ne correspondent pas forcément à des réalités. Nous avons besoin de mettre les choses dans des cases pour simplifier et comprendre le monde.

Mais le monde est nuance. Nous avons défini des couleurs dans l’arc-en-ciel alors qu’il s’agit d’un flux continu.

Le monde réel à gauche et le monde que nous nous représentons à droite.

Il n’y a pas de frontière dans un arc-en-ciel !

 

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A propos de l'auteur-e

Tɔm Ânkh
Tɔm Ânkh
J'ai découvert le véganisme au hasard des rencontres. Musicien, curieux, sceptique, amoureux des sciences, croyant au politique mais plus aux politiques, j'aime écrire, inventer, proposer des angles nouveaux ou simplement réagir à l'actualité.

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