Chroniques Tribune Libre

Les véganes sont des nazis (réponse à Valeurs Actuelles)

Dernièrement, Valeurs Actuelles a publié un article intitulé « Le véganisme, nouveau fascisme alimentaire des apôtres du camp du bien » Je ne pouvais pas ne pas répondre à cette accusation grave qui montre une incompréhension de la nature même du véganisme.

Les véganes sont des nazis.

« Ces quidams à l’estomac certifié 100 % non carné »

Le véganisme est pluriel. Beaucoup de personnes deviennent véganes pour des raisons diverses, mais la plupart des militant.e.s le sont à la suite d’une remise en question du système de pensée dominant actuellement la plupart des sociétés humaines : le spécisme.

Le militantisme anti-spéciste a donc pour but de mettre en lumière les souffrances qu’engendre le spécisme, afin d’y mettre un terme. Pour un.e anti-spéciste militant.e, le véganisme n’est “que” l’application concrète dans la vie quotidienne d’un projet politique. Ils ne se définissent donc pas par le contenu de leur estomac.

« Un choix de vie qui ne devrait en théorie ne regarder que les personnes concernées »

Les premières personnes concernées par l’exploitation animale sont les personnes non humaines exploitées par Homo Sapiens. C’est pourquoi le militantisme végane, trop prosélyte pour certains, a pour objectif de convaincre un maximum de personnes de devenir véganes afin de diminuer le plus vite possible le nombre de victimes du spécisme.

Plus il y aura de véganes (et donc moins il y aura de consommation de produits d’origine animale), plus les industriels seront obligés de repenser leur production. Moins on achète un produit, moins on en produit, plus il est facile de légiférer sur son abolition.

Comme dans tous les militantismes, des gens ayant pourtant le même objectif (l’abolition de l’exploitation animale) n’ont pas forcément les mêmes outils (techniques ou intellectuels), ni la même vision quant à la manière la plus efficace d’atteindre cet objectif. Dans toutes les luttes, il y aura Magneto et Professeur Xavier.

Certaines personnes considèrent que des images violentes d’abattoir seront un moyen sûr de diminuer la consommation de viande. D’autres pensent que des livres, des conférences, des documentaires peuvent aider à la prise de conscience. D’autres se lancent dans des commerces, des restaurants véganes. Certains manifestent dans la rue avec des pancartes et d’autres encore (une écrasante minorité médiatisée à outrance) pensent que la violence physique permettra de faire avancer la cause.

Tous les véganes ne sont pas d’accord entre eux, et c’est bien malheureux, mais dans l’histoire de l’humanité, beaucoup d’avancées sociales se sont faites autant dans la violence civile que dans le débat pacifique.

Il est clair que, au plus les partisans du spécisme seront fermés d’esprits et hypocrites, au plus un certain nombre de véganes perdront patience. Cependant nous ne sommes pas condamnés à reproduire sans cesse les mêmes schémas révolutionnaires, et dans l’écrasante majorité, les véganes sont non-violent.e.s et prônent la non-violence. Ce qui est plutôt cohérent avec leur volonté d’abolir un système qui, lui, est violent.

« Plus qu’un style de vie, c’est donc bien un véritable mouvement politico-social qui est né autour d’un concept qui est devenu, avec le temps, une véritable idéologie. »

C’est vrai, le véganisme est bien plus qu’un style de vie. Et si par idéologie vous entendez un système d’idées générales constituant un corps de doctrine philosophique et politique à la base d’un comportement individuel ou collectif alors oui, à coup sûr le véganisme est une idéologie.

«L’Homme fait partie, au même titre que le loup ou le tigre, de ces consommateurs secondaires, et il est donc parfaitement sain pour lui de chasser, d’élever et de manger des animaux. »

Je ne vais pas transformer cet article en cours de biologie. Pour simplifier, Homo Sapiens est au même niveau que le porc dans la chaîne alimentaire. Donc Homo Sapiens n’est pas un super prédateur. Il est vrai cependant que nous sommes capables de manger de la viande et des produits d’origine animale. Mais ce n’est pas parce que je suis capable de faire quelque chose que j’ai le droit moral de le faire. C’est un débat totalement différent.

« C’est d’ailleurs en mangeant de la viande, que notre cerveau est devenu plus gros que celui des primates et que nous en sommes arrivés à ce degré d’évolution »

Une corrélation est possible mais ce n’est pas le seul élément. Les fruits auraient bien plus participé à la taille de notre cerveau!

Il y a aussi eu le feu, et donc la cuisson. De plus, ce sont des différences uniquement observables à l’échelle de l’évolution et pas de l’individu. De toute manière, un.e végane un minimum renseigné.e et vivant dans une société moderne a un apport nutritif et un confort de vie de bien meilleure qualité qu’un humain du paléolithique.

Pas d’inquiétude pour notre cerveau. Et ce n’est pas parce qu’une action m’a permis d’exister que j’ai le droit moral de perpétuer cette action si elle n’est plus nécessaire à ma survie.

«Pour un être humain, consommer de la viande est donc parfaitement naturel. »

L’alimentation humaine n’est plus naturelle depuis l’invention de l’agriculture et de l’élevage. Qu’est-ce qui est naturel ? Porter des vêtements ? Conduire une voiture ? Ecrire un article sur Internet ? …Vous voulez retourner vivre chez les cueilleurs-chasseurs ?

« La domestication a indubitablement apporté une forme de protection et de sécurisation aux animaux concernés tout en créant un lien pacifique et affectif entre eux et les êtres humains »

Le seul et unique but de la domestication des animaux est ce que nous pouvons en retirer. Le mouton, pour prendre votre exemple, a été sélectionné sur un certain nombre de générations jusqu’à produire de la laine à en crever d’étouffement si on ne la tond pas régulièrement.

En quoi cela a été bénéfique pour le mouton ? Nous ne protégeons pas les animaux domestiques des grands prédateurs, nous avons exterminés tous les grands prédateurs européens. Nous avons mêmes exterminés l’ancêtre naturel de la vache, l’auroch.

Les vaches ne viennent pas sonner aux portes de nos abattoirs.

Comme l’explique l’auteur et historien Yuval Noah Harari :

« Ne croyez pas les écolos qui prétendent que nos ancêtres vivaient en harmonie avec la nature. Bien avant la Révolution industrielle, Homos sapiens dépassait tous les autres organismes pour avoir poussé le plus d’espèces animales et végétales à l’extinction. Nous avons le privilège douteux d’être l’espèce la plus meurtrière des annales de la biologie ».

Les super prédateurs comme le loup (que nous avons quasiment exterminé) ont une fonction cruciale dans la régulation des populations. Homo sapiens n’est pas capable, et n’a visiblement pas envie, de tenir ce rôle. Voilà pourquoi il y a des milliards de vaches sur Terre mais que 100 espèces disparaissent chaque jour.

De plus, un super prédateur ne peut pas faire autrement que de manger de la chair animale, donc protéger et domestiquer ses proies, c’est le condamner. Pour faire simple, domestiquer le mouton, c’est tuer le loup. C’est choisir qui doit vivre et qui doit mourir.

Le véganisme prône en majorité une non intervention dans les équilibres naturels qui se forment. Nous n’avons pas à choisir quelle espèce doit être protégée au détriment de quelle autre car nous sommes justement antispécistes. Toutes les espèces doivent avoir leur chances.

« En outre, ne plus élever de cochons, de moutons ou encore de vaches, serait dans le même temps renoncer à nos animaux de compagnie, majoritairement carnivores, et qui seraient incapables de revenir à l’état sauvage, état qu’ils n’ont jamais connu. »

Cette question est complexe et mériterait en réalité son propre article. Dans une certaine mesure, elle me fait penser au pitch du dernier Jurasic World Fallen Kingdom.

Une espèce créée par l’homme peut-elle avoir le statut d’espèce en voie de disparition ? Doit-elle être protégée ? Doit-on la laisser disparaître ?

Je n’ai pas la prétention de connaître la réponse. La vérité, c’est qu’en exploitant à outrance le règne animal, c’est en fait un monde sans animaux que nous préparent les partisans du spécisme.

« En voulant libérer les animaux de l’exploitation humaine, les militants du véganisme ne font finalement que préparer leur asservissement sur l’autel du capitalisme le plus abject. »

Comme je l’expliquais plus haut, tous les véganes ne le sont pas pour les mêmes raisons et n’ont pas forcément la même vision de ce qui est végane.

Pour ma part, étant en transition vers le zéro déchet, je ne m’intéresse pas à un produit industriel transformé de grande surface estampillé végane. J’essaie de manger local et de saison, et de faire vivre les producteurs locaux.

Comme vous le dites, beaucoup de véganes se disent de gauche. J’en fait partie. Personnellement, je vois le capitalisme comme le bras armé du spécisme (les personnes non humaines sont vues comme des ressources économiques) et beaucoup de grands industriels se font des sommes colossales d’argent sur le dos des éleveurs (qui se suicident en masse en France et en Suisse) et des personnes non humaines. Nous ne pourrons véritablement mettre un terme au spécisme qu’en mettant également un terme aux logiques capitalistes.

« En même temps, qu’attendre de ces gens, au pouvoir d’achat souvent élevés »

Personnellement, retirer les produits d’origine animale de mon panier de courses a drastiquement réduit mon budget. Il y a peu de données sûres, mais la plupart des véganes, ou en tout cas des végétariens seraient des femmes plutôt jeunes, donc pas la population au pouvoir d’achat le plus élevé. Les personnalités véganes médiatiques viennent des milieux aisés, car d’une manière générale, les personnalités médiatiques viennent des milieux aisés.

«Que les végans aillent expliquer aux Esquimaux comment survivre sans manger de viande »

Donc parce qu’il est impossible pour moins d’1% de la population mondiale de devenir végane, 100% de la population mondiale doit consommer des produits d’origine animale. Logique.

«Qu’ils aillent convaincre les Africains, dont 20 % environ souffrent de la faim, d’abandonner les produits issus de l’élevage au nom de la lutte pour le bien-être animal ».

Allez expliquer que les ¾ de nos terres agricoles sont destinées au bétail parce qu’on préfère manger de la viande qu’éradiquer la faim dans le monde. Allez expliquer que la planète produit l’équivalent d’environ 2800 calories par personne et par jour mais que des enfants meurent de faim par manque de solidarité.

« Une étude publiée dans la revue scientifique Elementa a d’ailleurs récemment mis en avant le fait qu’un régime végan généralisé ne permettrait pas de nourrir l’ensemble des êtres humains de la planète dans la mesure où il est impossible de faire pousser des légumes sur une grande partie des terres utilisées aujourd’hui pour l’élevage. »

Cette étude met surtout en avant votre mauvaise foi.

Premièrement, elle ne porte que sur les terres du sol américain et ne dit rien de l’état du monde. De plus, même si l’étude montre que le régime végétalien n’est pas le plus efficace, il est plus efficace que le régime carné actuel et permettrait aux USA de nourrir plus de 700 millions d’américain, soit le double de la population américaine actuelle…. On est donc loin du malthusianisme et de la famine généralisée.

« Le plus souvent « pro-avortement », sans que cela ne vienne en rien gêner un discours qui en devient foncièrement incohérent »

Vous considérez que la vie d’un embryon humain a plus de valeur qu’une vache car vous êtes spécistes. Je considère que la sentience (en gros, la capacité à souffrir) est le critère le plus pertinent pour déterminer les droits fondamentaux des êtres vivants. Tous les animaux (une fois nés bien sûr!) sont sentients. Un embryon n’est pas sentient.

« De même, comment peut-on à la fois critiquer la hiérarchie que les êtres humains font entre les êtres vivants, et plus particulièrement entre eux et les animaux, sans y inclure les plantes dont il a été démontré qu’elles communiquent entre elles ? »

Le fameux cri de la carotte. On peut y répondre de deux manières.

Soit comme pour les embryons, les plantes ne sont pas sentientes.

Soit on veut sincèrement protéger les droits fondamentaux des plantes, et dans ce cas, il faut devenir végane. L’alimentation végétale est celle qui fait le moins de victimes, tous règnes confondus car les vaches ne sucent pas des cailloux. Il faut produire 11 calories végétales pour produire 1 calorie animale. Quel gâchis ! En d’autre termes il faut violemment massacrer d’innombrables céréales pour nourrir le bétail que nous avons crée pour manger de la viande.

Donc sauvez la salade, mangez la salade.

«[…]Qui ne remplacera jamais le plaisir que l’on peut éprouver à manger un bon steak tartare, un bon bœuf bourguignon, ou une belle entrecôte grillée. »

Vous confondez bien et bon. La plaisir gustatif n’est pas un argument moral.

 


Photo à la une: Un militant nazi extrêmement violent lors de la première édition de la Vegan Place à Paris le 19 avril 2014. ©L214

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A propos de l'auteur-e

Tɔm Ânkh
Tɔm Ânkh
J'ai découvert le véganisme au hasard des rencontres. Musicien, curieux, sceptique, amoureux des sciences, croyant au politique mais plus aux politiques, j'aime écrire, inventer, proposer des angles nouveaux ou simplement réagir à l'actualité.

3 thoughts on “Les véganes sont des nazis (réponse à Valeurs Actuelles)”

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