Okja, la fable morale et animaliste de Bong Joon Ho

Le réalisateur coréen Bong Joon Ho signe un film critique de notre société capitaliste, où animaux non humains comme humains en sont les premières victimes.

Présenté durant le 70ème Festival de Cannes, Okja n’en finit pas de faire couler l’encre, mais pas vraiment pour son contenu, plutôt pour son mode de diffusion entrant en conflit avec la tradition du cinéma. En effet, ce film n’est disponible que sur la plateforme de vidéo à la demande Netflix. De quoi faire jaser les cinéphiles attachés à la salle obscure.

Et au niveau du contenu, justement, c’est plutôt un beau succès critique.

L’histoire

Okja s’ouvre sur un concept marketing délirant orchestré par la grande patronne d’une multinationale (dont on peut facilement faire le lien avec Monsanto), Lucy Mirando. Nous sommes aux Etats-Unis, et elle présente à la presse son projet de super cochons censés nourrir la planète, moins polluants, 100% bio, sans OGM, et surtout …plus savoureux.

Lucy Mirando, INTERPRÉTÉE par Tilda Swinton

Dix ans plus tard, on retrouve un de ces animaux, Okja, vivant dans une magnifique et paisible forêt montagnarde, quelque part en Corée, en compagnie d’une jeune fille et de son grand père. Ces premières scènes rendent compte du lien très fort qui s’est noué entre la petite fille, Mija, et Okja; dès lors ces deux héros deviennent immédiatement très sympathiques et attachants aux yeux du spectateur.

Mais il est alors l’heure pour Okja de finir à l’abattoir, sans le consentement de Mija qui pensait avoir éviter son départ.

C’est là que le périple commence.

Une fable animaliste

On ne peut aborder le film sans souligner son point de vue animaliste. C’est même inévitable, car dans la panoplie de personnages on retrouve les activistes du Front de Libération Animale (ALF, en anglais), qui essaie de compromettre Mirando en dévoilant des vidéos témoignant du calvaire infligé à Okja et tous les autres super cochons.

Ces militants interviennent en justiciers, mais comme dans toute fable subversive – et c’est ce qu’est Okja – on se rend vite compte que les redresseurs de torts ont également leur part d’ombre.

En réalité, aucun personnage humain du film ne s’en sort à bon compte, et [Attention, SPOILER] les toutes dernières scènes laissent l’impression que même Mija, qu’on imaginerait changée par son aventure, n’a de mérite, si prompte à oublier toute l’horreur dont elle a été témoin.

Ajoutons à cela le dénouement proposé par la jeune fille elle-même: c’est une simple transaction financière qui sauvera la vie d’Okja… Au final, la jeune fille nous renvoie vers notre propre incohérence, notre propre dissonance cognitive. [Fin SPOILER]

Néanmoins, ce film plante bel et bien une graine antispéciste et anticapitaliste (ce qui est ironique, avec un film produit par Netflix), qui amènera, espérons-le, une nouvelle (et énième!) réflexion sur nos agissements envers les animaux dans cette société oppressive.


Okja, film coréen et américain de Bong Joon-ho. Avec Ahn Seo-hyun, Tilda Swinton, Jake Gyllenhaal, Paul Dano. Durée 1h58. Sur le Web : www.netflix.com/fr/title/80091936

 

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Mlle L

Grande curieuse, amoureuse en cuisine, baroudeuse à petit budget. Créatrice de VeggieRomandie.ch - Organise des sessions de dessin Draw&Drink

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