Cause animale Chroniques Pas de polo, pas de poney…

Pas de poney, pas de polo: activisme à Buenos Aires

Végane suisse émigrée en Argentine, Tamara B nous conte régulièrement ses aventures avec sa chronique “Pas de poney, pas de polo”


Pour vous raconter ce qui se passe ici, avec un minimum de contenu intéressant, j’ai décidé d’interviewer quelques locaux. Je vais commencer par des activistes, parce que leur engagement me plaît et que de toute manière c’est moi qui décide.

Cette fois, j’ai rencontré les militants de SinZoo, un mouvement qui se mobilise pour la fermeture du zoo de Buenos Aires. Il faut d’abord dire que le zoo est connu pour être aussi vieux qu’en mauvais état (très et très). Je n’y suis pas allée parce que  je n’ai pas envie de participer à ce business, mais les témoignages sur tripadvisor sont assez accablants et parlent de délabrement, de cages trop petites et non adaptées, et pire (lire par exemple ici): de seaux de croquettes vendus, que les gens utilisent pour donner aux animaux, souvent en les visant pour avoir une réaction. Déprime totale et ras-le bol de la plupart des touristes (ce qui ne change rien, on est d’accord), mais aussi des habitants et même des employés du zoo.

Avant de parler de la rencontre avec les militants pour la fermeture, un mot sur les employés, qui ont écrit en novembre 2014 une lettre ouverte à l’une des principales télévisions, TN. Ils dénoncent une situation cauchemardesque où ils peuvent peu faire – pas assez de monde pour entretenir le parc et ses bâtiments historiques (qui sont un peu barbouillés de peinture pour faire genre, et voilà), alimentation mauvaise et insuffisante pour les animaux, au point où certains achètent des compléments de leur poche, pratique de tuer certains animaux pour les donner à manger aux autres (!) et surtout manque d’implication des vétérinaires et de la direction. Ils parlent de perte « d’innombrables animaux » faute de soins adaptés.

Bon revenons à nos activistes. Ils se mobilisent depuis plus de 10 ans pour la fermeture du zoo. Je les ai vus, à la fois dans la rue et sur internet, et ils sont non seulement présents, mais ils sont aussi une vraie force de proposition, qui travaille avec des spécialistes. J’ai rencontré M, l’une des militantes de SinZoo, pendant une action d’information devant le zoo. Elle m’a parlé de leur histoire et de leur activité avec beaucoup de passion.

Crédit: SinZoo http://www.sinzoo.com.ar
Crédit: SinZoo www.sinzoo.com.ar
Crédit: SinZoo http://www.sinzoo.com.ar
Crédit: SinZoo www.sinzoo.com.ar

Est-ce que tu peux me parler de l’origine du mouvement?

La mobilisation a commencé il y a plus de 10 ans. Il y avait différents groupes d’activistes, Anima était le plus connu. Le zoo est problématique depuis longtemps – en plus du problème de manque de place et de dégradation, il est géré par des gens qui n’ont juste pas assez de connaissance sur les besoins des animaux. Par exemple tu pourras voir des singes exotiques enfermés dans des cages sans lumière du soleil, alors qu’ils ont absolument besoin de chaleur. C’est un exemple parmi d’autres. Une plainte a d’ailleurs été déposée en 2009 par l’ONG Traffic contre directeur, pour trafics d’animaux. Cette plainte a été déposée a la ville et n’a abouti à rien, la ville est complice.

Il y a eu un tournant en 2013: les activistes s’opposaient à la participation du zoo à la nuit des musées. Le zoo n’a pas été retiré du programme, et une action de résistance a été organisée – les activistes se sont enchaînés au grillage et ont été évacués par la police.

C’est là que SinZoo a démarré – il y a eu cet épisode assez violent et on s’est réunis pour en se disant « ok, qu’est-ce qu’on fait maintenant? ».

 

Et qu’est-ce que ça a donné?

On a vu les limites des actions isolées des différents groupes et on a décidé de se regrouper pour agir vraiment ensemble et plus efficacement. On a commencé par lancer une pétition pour retirer le zoo de la nuit des musées, et en 15 jours on a eu plus de 15’000 signatures! Le 1er novembre (et la date est importante parce que c’est la journée mondiale du véganisme), nous avons reçu un courrier du Ministre de la Culture de la Ville de Buenos Aires qui nous informait que le zoo serait retiré de la nuit des musées.

Parallèlement, on continuait à militer pour la fermeture du zoo, en étant présents ici devant l’entrée 2 dimanches par mois [ils distribuent des flyers très clairs sur les problèmes du zoo, les alternatives pour une petite sortie du dimanche et aussi leur proposition de fermeture]. Il y a eu quelques évènements marquants – la première chaîne humaine a été faite en 2012, et en 2014 il y a eu 1’500 personnes! C’était très fort de voir les gens le long d’une bonne partie du périmètre du zoo [vidéo]. A ce moment-là, il y a eu une minute de silence pour l’ours polaire Winner qui était mort là à noël 2012 – il faisait terriblement chaud, son accès à la petite piscine qu’il avait avait été laissé fermé, et cette nuit-là il y a eu beaucoup de feux d’artifices qui ont du le stresser [dans un article, le vétérinaire parle du caractère « nerveux » de l’ours, et du fait que les grands animaux sont gardés à l’intérieur la nuit, « pour des questions de sécurité »!].

[M s’arrête un moment, le temps de faire redescendre l’émotion qui est visiblement encore très forte…]

Cette mobilisation a été incroyable. On était obligés de continuer, après ça.

Crédit: SinZoo http://www.sinzoo.com.ar
Crédit: SinZoo www.sinzoo.com.ar
Crédit: SinZoo http://www.sinzoo.com.ar
Crédit: SinZoo www.sinzoo.com.ar
Crédit: SinZoo http://www.sinzoo.com.ar
Crédit: SinZoo www.sinzoo.com.ar

Avec le projet de loi entre autres… tu peux me dire où il en est?

Oui, nous avons proposé un projet de loi municipale pour la fermeture du zoo et sa transformation en jardin écologique, qui serait surtout un espace éducatif. Les animaux seraient replacés: ceux qui pourraient être libérés auraient d’abord une période d’adaptation dans des centres spécialisés. Ça c’est la situation idéale, mais pour d’autres animaux on ne peut pas prévoir de libération. Pour ceux-là, nous proposons qu’ils soient placés dans des sanctuaires où ils auraient des conditions de vie bien meilleure et ne seraient pas exposés ni reproduits. On sait que l’exposition au public est en grande partie responsable de leur stress. Malheureusement on sait que certains animaux ne pourront pas trouver de place en sanctuaire. Eux seuls resteraient ici, mais avec des conditions de détention largement améliorées.

Le projet a été accepté et doit maintenant passer par différentes commissions de l’organe législatif de la ville avant qu’une décision soit prise. Ca peut prendre encore pas mal de temps.

Le projet a été remis avec la pétition, qui a été signée par plus de 18’000 personnes.

La pétition lancée sur change.org
La pétition lancée sur change.org

Bravo pour ça, vous avez vraiment fait un travail impressionnant pour la proposition de loi! Et la mobilisation était vraiment incroyable. Comment est-ce que vous avez fait pour transmettre le message?

Nous sommes présents ici devant le zoo et on informe, via notre page et les réseaux sociaux bien sûr.

Dans l’équipe, on a notamment un primatologue, un spécialiste des trafics d’animaux et un spécialiste de la zoocosis, « la folie de la captivité ». On essaie d’amener le débat et d’apporter des éléments factuels. Par exemple le 1er mars dernier nous avons organisé un débat notamment sur le point de vue juridique, plus de 100 personnes étaient là.

Pour la manifestation, ça a été un mois et demi d’activité surtout sur les réseaux sociaux. Et ce qui nous a beaucoup aidé, c’est qu’énormément d’associations de protection des animaux se soient alliées à l’action (par exemple El Campito, un refuge pour chiens abandonnés).

Les messages passent par différents canaux et on sent qu’il y a un vrai intérêt.

 

On voit vraiment beaucoup d’engagement. Combien de personnes est-ce qu’il y a derrière ça?

On est une quarantaine, dont 5 à temps plein, tous bénévoles bien sûr. Et à chaque convocation, on voit venir des nouvelles personnes. Des gens vraiment très différents, de tous âges.

 

Qu’est-ce que ces nouveaux membres disent, quelles sont leurs raisons?

Globalement ils en ont vraiment assez de cette prison, parce que c’en est une. Ils viennent dire qu’ils veulent contribuer à ce que ça s’arrête, et vraiment on est encouragés parce que cette prise de conscience touche un peu tout le monde.

 

Un dernier mot pour les lecteurs de VeggieRomandie, en Suisse surtout?

Amis suisses, on est arrivés à la législature de la ville de Buenos Aires, notre projet de loi sera traité pour fermer le zoo et le reconvertir en centre de réhabilitation.

Go vegan, vive les animaux!!!

 

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One thought on “Pas de poney, pas de polo: activisme à Buenos Aires”

  1. Intéressant de voir ce qui se passe ailleurs! J’avoue que de mon côté je suis pas très militante, je soutiens à fond mais chacun sa manière de faire avancer la cause, moi je préfère discuter et sensibiliser mon entourage.. mais ça prend plus de temps que de bosser à fond pour la fermeture d’un zoo c’est sûr.

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