Chroniques Pas de polo, pas de poney…

Pas de poney, pas de polo: grasa, soja et polo

Végane suisse émigrée en Argentine, Tamara B nous conte régulièrement ses aventures avec sa chronique “Pas de poney, pas de polo”


Buenos Aires, c’est comment (pour un vegan)?

Ça fait un peu plus de 6 mois que je vis à Buenos Aires, la capitale de « the » pays des mangeurs de viande. Ahh, ce qu’on a pu m’en parler, à la fois en Suisse et ici! Mais quoi, qu’est-ce qu’une vegan vient faire là? Avec des ramifications possibles – ma pauvre, tu survis / tu penses que tu vas survivre? ou alors « tu essaies de convertir les argentins? ».

Obélisque de Buenos Aires – Crédit photo: soyalexreyes.com

Au-delà de l’aspect gag-prout-prout, je sens une curiosité sur la manière de vivre ici que je trouve très chouette. Veggieromandie m’a même demandé si j’écrirais une petite chronique et j’ai accepté, terrassée par tant d’honneur. Ceci sera donc la première, et il y aura des suites diverses et variées, à voir. Bon, comme c’est la première, je vais me présenter en 3 mots (allez, 5): j’ai 36 ans, je suis vegan depuis environ 3 ans, et depuis 1998 je suis passée par différents modes essentiellement sans viande, avec comme première idée de réduire les impacts sur l’environnement.

Le sujet des droits des animaux est venu un peu après, et je le trouve maintenant essentiel (alors que oui, dans mon adolescence je pensais comme Kurt Cobain que « it’s ok to eat fishes, ‘cause they don’t have any feelings »!).

Quelques mots sur l’Argentine, aussi. L’élevage a été une activité importante depuis les débuts de la colonisation, il a perturbé l’écosystème de Patagonie en remplaçant peu ou prou le guanaco et aussi le mode de vie de la population indigène selk’nam, qui s’en nourrissait. Faute de guanaco, les selk’nam ont commencé à chasser les moutons, qu’ils voyaient comme un autre animal sauvage. Les occupants, Menédez en tête, ont pris ces quelques moutons perdus comme prétexte pour leur extermination pure et simple. Cette histoire tragique s’est déroulée rapidement et a été vite mise sous le tapis par les régimes chilien et argentin (article en espagnol), et c’est bien sûr tout un autre sujet…

Pour en revenir aux moutons, respectivement aux bœufs, l’image de pays du gaucho menant son troupeau de futurs steaks est encore assez vraie: 55 kg de viande par an et par personne, moins qu’en France ou en Suisse et en diminution ces dernières années à cause de la crise économique. En 1956, la consommation était de près de 100 kg par an et par personne! Le pays ne produit « plus que » 180’000 t de viande par an, contre tout de même 621’000 en 2009 (!).

Crédit photo: Alex Proimos
Crédit photo: Alex Proimos

Malgré cette relative banalité de la viande, les mouvements végétarien et vegan percent, je vous en parlerai dans un prochain épisode et interrogerai quelques convaincus qui font changer les choses. En termes d’exploitation animale, le pays est bien sûr aussi connu pour le polo, qui se porte malheureusement bien mais est globalement assez marginal, comme sport de fortunés.

Mondial de Polo, San Luis 2011, en Argentine. Crédit photo: By Emanuel Agustin Lorenzoni Macchi
Mondial de Polo, San Luis 2011, en Argentine. Crédit photo: Emanuel Agustin Lorenzoni Macchi

Et j’ai failli terminer ce portrait en 10 secondes sans parler du soja, alors que l’Argentine produit autour de 55 millions de tonnes par an, quasiment tout en OGM depuis 1996. En 2009, Grain parlait de « désastre pour les gens et l’environnement », et la situation n’a bien sûr fait qu’empirer depuis. Le bio est encore très marginal mais essaie de se faire une place, j’en parlerai aussi.

On me demandait donc ce que j’allais faire là-bas. Avant de partir je répondais qu’il ne fallait pas trop s’en faire pour ma survie et que non, je ne convertirais pas plus l’Argentine que mes contacts d’ici (dont certains me reprochent ce qui a l’air d’être un déluge de propagande sur facebook). Maintenant que j’y suis, je confirme qu’il ne faut pas trop s’en faire mais je nuancerais la chose, parce que l’entourloupe est partout (ta-da-daaaa).

Un exemple idiot: en Suisse, quand il m’arrivait d’être paumée à Chouilly-les-Trois-Sapins, son tea-room et son église, en quête d’un truc à manger, je pouvais facilement me rabattre sur un bout de pain et une pomme et hop, opération survie check. Eh bien ici, on commence par se méfier de la boulangerie, parce que le pain est fabriqué soit avec du beurre, soit avec de la « grasa » – innocemment, j’ai d’abord pensé que si ce n’était pas du beurre, la « grasa » (graisse) devait être de la margarine. Grave erreur, c’est de la graisse de vache. Donc à quelques très rares exceptions près, le pain n’est pas vegan.

Et la méfiance s’étend, tellement il y a d’ingrédients animaux un peu partout: dans les crackers, le bouillon-cube « de légumes », etc, etc. Ma théorie c’est qu’ils produisent tellement de bovins pour la viande, qu’ils ont des « produits dérivés » à ne plus savoir qu’en faire. Par exemple, ils font la pizza avec une montagne de mozzarella qui recouvre tout, et la font du coup cuire dans des moules, sans quoi ce serait l’inondation…

Je vous laisse sur ces notes grasses (désolée), et vous conterai les aspects plus vegan friendly dans un prochain épisode!

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