Tribune Libre

« Pourquoi es-tu végane? » Rebecca, genevoise de 29 ans, nous partage sa réponse.

Après 17 ans de végétarisme et 5 ans de véganisme, je ne compte plus le nombre de fois où cette question m’a été posée, souvent autour d’un repas.

Je l’aime beaucoup cette question car elle met sur la table un des thèmes les plus importants à mes yeux. Il est cependant encore récurrent que les commentaires qui l’accompagnent soient très éloignés des réelles raisons qui animent mon choix de vie…

« C’est pour perdre du poids? »
« C’est vrai que c’est à la mode, mais moi j’aime trop la viande et j’ai besoin de protéines sinon je m’écroule. »
« Ah, toi aussi tu es intolérante au lactose? »
« Ce n’est pas triste d’être végane? »
« Tu fais comment quand tu sors manger à l’extérieur? »
« Et tes carences? Tu as fait un check-up dernièrement? »
« Mais attend, la fondue tu peux pas non plus?! »
« Et le moustique alors tu le laisses te piquer? »
« …et le sperme tu as le droit?! (rires gras…) »

Je ne trouve pas toujours facile de dévoiler paisiblement autour d’un dîner animé et bruyant ce qui nous motive au plus profond. Même après de nombreuses années, c’est pour moi toujours très sensible comme sujet et j’ai du mal à en rire ou à en parler avec légèreté, car derrière les blagues de façade auxquelles je souris à moitié, c’est toute mon âme qui est touchée…

Alors, les voici, les raisons.

Je suis végane, tout d’abord, car je donne énormément de valeur à la vie en général. Depuis toute petite, elle m’émerveille, je l’admire sous toutes ses formes…

La consommation et l’exploitation que nous faisons aujourd’hui des êtres vivants que sont les animaux, sont non seulement inutiles mais génèrent en plus de la souffrance et ne respectent donc pas la vie… la gaspillent d’une certaine manière.

Il est vrai que par le passé on ignorait ces évidences (comme la non-nécessité de consommer des produits animaux ou la sensibilité de ces mêmes animaux) et cela a généré des traditions, des rituels, des habitudes…

Puis les enjeux économiques s’en sont automatiquement mêlés, ce qui n’a pas simplifié.

À mon sens, la continuité logique de notre humanité aujourd’hui est dans un premier temps d’accepter le fait d’avoir conscience de ces nouvelles données (car on ne peut plus dire qu’on ne sait pas bien que cela nous gêne puisque ça bouscule nos habitudes) et dans un deuxième temps de modifier nos comportements.

Je pense que notre but ultime sur terre est de vivre de telle manière à cultiver au maximum le bien, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de nous. Nos connaissances ayant évolué, nous devons désormais adapter notre cercle de compassion et nos comportements adéquatement.

Ce qui a été également intéressant pour moi à réaliser c’est qu’une production non nécessaire (c’est-à-dire dont nous n’avons pas besoin pour vivre, ce qui est le cas de tout produit d’origine animale) est en conséquence… un gaspillage.

C’est personnellement un aspect qui motive encore plus mon choix, de par ma sensibilité « spirituelle » car cela représente pour moi un gaspillage de la vie à proprement parler.

Inséminer, engraisser, tuer. Voici le processus (et je m’abstiens de mentionner les conditions environnantes dudit processus).

La vie n’a-t-elle donc pas une raison d’être plus noble que cela?
Je suis convaincue qu’elle en a une.

Ces pratiques sont donc pour moi ni plus ni moins qu’un manque de respect envers la vie et envers les sublimes créatures sensibles à qui elle est donnée puis retirée à tours de bras. Chaque seconde. Sur cette terre. Sous notre financement.

À côté de l’éthique animale, je fais également attention à acheter local, responsable, à ne pas jeter de nourriture, à peu consommer, à vivre de peu en fait… Ce minimalisme libère d’ailleurs de la place pour des « choses » que j’estime plus essentielles dans mon quotidien… 🙂

Pour moi, ce mode de vie va donc bien au-delà de la nourriture, il pousse forcément à augmenter mon bien-être personnel, le bien-être des autres, mon empreinte sur l’environnement, ma participation aux productions et commerces éthiques et équitables…

À part cela, c’est vrai que les animaux m’ont toujours particulièrement touchée parce que ce sont des êtres extraordinaires qui ont de précieuses capacités qu’on essaye nous-même désespérément de mettre en place dans nos vies…

Je pense entre autres à leur capacité à toujours accepter ce qui est, à ne pas comparer, à ne pas juger, à vivre le moment présent, à savoir lâcher prise, à pardonner, à aimer sans condition, à avoir confiance en la vie, à compatir, à ne pas s’inquiéter… Certains des plus grands enseignements spirituels encore prônés de nos jours.

J’ai toujours vécu entourée d’animaux, j’ai beaucoup appris d’eux et j’apprends encore beaucoup. Ils ont sans aucun doute beaucoup à nous enseigner, encore faudrait-il qu’on s’intéresse à eux dans une optique autre que gustative ou commerciale.

Concernant notre « supériorité » d’humains, comme j’entends souvent, elle est à mon sens valable que pour certains aspects de la vie. Sur d’autres points ce sont eux, les animaux, qui ont une « supériorité » très claire… Mais de toute façon, dans un sens comme dans l’autre, je n’aime pas cette notion de supériorité, qui est très subjective selon moi. Je pense plutôt qu’on est complémentaires, et que c’est en assimilant cela qu’on atteindra un jour la paix sur terre, toutes espèces confondues.

Enfin, l’antispécisme (fondement de la pensée qui génère une consomation végane) me séduit d’autant plus car il va au-delà du cas des animaux non-humains puisque c’est une démarche qui refuse la notion même d’exploitation des plus faibles par les plus forts. Et ceci, toutes situations confondues.

C’est, je pense, le point essentiel qui anime toute personne aujourd’hui végane et militante pour un monde antispéciste.

Je suis par ailleurs convaincue qu’il y a une corrélation entre les violences perpétrées par les humains sur les animaux et celles perpétrées d’humains à humains. C’est le même processus d’insensibilité et de perte de compassion qui permet l’acte de violence.

La violence est ou n’est pas. Si on peut la pratiquer sur une vie, quelle qu’elle soit, on accepte l’idée même de la violence dans l’existence. C’est suffisant, et une fois acceptée, apprise et instaurée, on ne peut pas la limiter.

À mes yeux, le véganisme est donc la vision qui s’adapte le mieux à l’évolution de la société moderne d’aujourd’hui et du sens qu’il faudrait lui donner…

Rebecca et son chien en balade

Je pense réellement qu’on doit commencer à vivre en se préoccupant des conséquences de nos actes… En pensant au domino qui est à l’autre bout de celui qu’on touche, et en transmettant ce mode de pensée au maximum. À nos enfants, notre famille, nos amis. Oser en parler, oser y croire, oser montrer qu’on peut vivre différemment et qu’au final être sensible, c’est être fort. C’est d’ailleurs toute l’ambivalence qu’il y a dans un mouvement révolutionnaire comme l’antispécisme (et comme tous les autres qui l’ont précédés) : il faut être à la fois connecté à notre sensibilité afin de pouvoir être touché par l’injustice concernée, et être à la fois connecté à notre force, pour croire qu’on va pouvoir la changer.

Lire: le spécisme, qu’est-ce que c’est?

Se responsabiliser pour nos agissements et s’autoriser à changer, c’est avant tout donner du sens à notre existence. Je suis certaine qu’en considérant les vies qui nous entourent, on donne une autre dimension à la vie en général et donc à la nôtre. En tout cas, cela a donné une autre dimension à la mienne.

Voilà pourquoi je suis végane.

 

Illustration: Weronika Kolinska

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