Antispécisme Tribune Libre

«Tout à l’heure, vous nous avez parlé de votre amitié avec une truite ?»

Par Joseph Jaccaz. Publié à l’origine sur observatoiredelaveganie

En rédigeant cet article, j’ai bien dû me rendre à l’évidence: je n’ai jamais eu d’attirance particulière envers le monde aquatique, ni la mer, je crois même que je suis malade quand je monte sur un bateau.

Et c’est bien pour ça que ce billet prend tout son sens : l’antispécisme n’est pas forcément la traduction d’un amour fou, systématique et aveugle envers tous les animaux, mais avant tout une posture pour plus de justice, et un combat pour considérer les droits fondamentaux de tout individu sentient !

Mon meilleur ami est un poisson

C’est simple, cette phrase est tellement absurde qu’on dirait Kadoc dans Kaamelott: Je n’ai jamais entendu cette phrase de la bouche d’un.e congénère du genre humain. A contrario, nous avons toutes et tous entendu énormément de fois des gens nous dire combien leurs chiens et leurs chats étaient de fiers compagnons. Il faut dire que nous sommes à des milliers d’années-lumières de comprendre véritablement le monde aquatique et ses habitant.e.s.

Les poissons, on ne les comprends pas vraiment…

Les poissons, en général, on les croise quand ils sont déjà morts. Quand ils gisent dans les magasins, sur des étales remplies de glace, parfois encore entiers, avec de temps à autre, des crustacés à l’agonie qui se trouvent aussi dans un rayon à la fois macabre et sordide. Les poissons sont les seuls vertébrés que l’on ose regarder morts sans que nous ayons la capacité de ressentir de l’empathie, comme nous pourrions le faire pour un chat, ou un cochon. Les gens peuvent en général les manipuler en entier, avec la tête, leurs yeux grands ouverts, alors qu’ils sont morts, et-ce sans trop de dégoût, sans trop se poser de questions.

Quand ils sont vivants, nous les croisons le plus souvent dans l’aquarium de la salle d’attente de notre dentiste, un peu comme on y trouve des vieux numéros de Paris Match (tu sais, celui où Sarkozy était encore président). Mais comme ce numéro de mai 2003 jauni par le temps, les poissons ne sont pour nous que des objets, des biens meubles, ils sont, à notre échelle de considération, bien égaux à un stylo ou à une chaise.

Si on commence à s’accorder sur la sensibilité des vaches, des poules, des cochons et des autres animaux non humains terrestres, la reconnaissance de la sensibilité des animaux aquatique n’est malheureusement pas pour demain, et pourtant …

Une fois encore, une magnifique illustration d’Insolente Veggie (Achetez ses bouquins !)

Vous ne vous êtes pas déjà demandé ce qu’il y avait derrière le mot « poisson », et ô combien cela était révélateur de notre méconnaissance et de notre ignorance profonde envers toutes ces espèces et individus que l’on range dans la même boite arbitraire, encore plus floue et abjecte, uniquement car ils sont tous mélangés dans le même rayon au supermarché ?

Ces individus, dont la sentience n’est plus à prouver sont les grands oubliés du spécisme et aussi de l’antispécisme. Ils représentent 98% des animaux tués (sans nécessité de notre part rappelons-le !) sur le globe, et la plupart des gens s’en fichent, et on ne les compte pas.

Les organisations environnementales, les scientifiques et les associations antispécistes arrivent avec beaucoup de peine à estimer le nombre de morts marines. On pense que cela se situe entre 1000 et 3000 milliards d’animaux marins tués chaque année, et dans un objectif de rationalité et devant l’insaisissable vraie valeur de ces données stratosphériques, nous ne gardons que la fourchette basse.

Mais pourquoi avons-nous du mal à définir ce nombre pourtant si astronomique ? Car les pêcheurs eux-mêmes ne les dénombrent pas au moment de les buter !

On dit souvent en histoire que la chose la plus facile à compter, ce sont les morts, et bien pour ce qui est des animaux marins, c’est faux.

À l’heure où l’on comptabilise le nombre de bébés veaux, de poules et d’autres animaux terrestres abattus, le monde aquatique est si étranger de notre perception, que la seule chose que nous retenons d’eux, c’est le poids réuni de tous leurs cadavres froids et empilés dans des caisses de glace !

Poids de tous les cadavres d’animaux marins (poissons et crustacés) en Suisse, entre 2006 et 2015 (PRO-VIANDE, 2016), et je prends la Suisse comme exemple, car…. j’aime bien la Suisse !

Vous voulez encore des preuves concernant notre ignorance totale envers eux ? Regardons autour de nous, la pêche est dans l’inconscient collectif un loisir ou un sport, qui de surcroît paraît infiniment plus noble que la chasse, comme socialement plus acceptable.

C’est vrai que Roger (prénom d’emprunt, …je ne connais pas de Roger), notre pêcheur du dimanche, il a l’air de porter moins de préjudice à l’environnement ou même aux animaux que notre ami Juhan-Stéphrine (ndrl: référence à un article de l’Observatoire de la Véganie, publication à lire ici).

C’est vrai quoi, il passe son aprèm peinard à attendre au bord d’un fleuve, avec son petit bob retroussé assis sur son tabouret de camping, usant de patience, on donnerait presque une certaine forme de noblesse à Roger, à attendre ce combat fatidique avec une truite !!

C’est vrai, en plus, et c’est le premier à le dire, il lui arrive très souvent de rejeter quelques-unes de ses « prises » à l’eau, mais pourtant …le résultat final est sensiblement le même.

Un dessin pour enfant, gratos sur le web, même le poisson semble prendre son pied, tuer, ça doit être vraiment trop stylé !!

En effet, la pêche, c’est comme la chasse, ce n’est ni plus ni moins que la traque puis la mort d’un être sensible, sentient, sans aucune nécessité de notre part.

Petit aparté sur le « pesco-végétarisme » :
Si tu te revendiques, comme j’ai eu l’audace il y a de cela quelques années maintenant, comme végétarien.ne, et que tu manges du poisson, même une fois dans l’année pour faire plaisir à mémé : Tu n’es pas végétarien.ne ! Du point de vue de la morale, de l’éthique, le pesco-végétarisme est à l’antispécisme ce que Francky Vincent (déso pas déso) est à la poésie : …de la merde, ni plus, ni moins, le poisson ne se fiche pas mal de tes considérations nutritionnelles, et de ton avis sur le Marineland d’Antibes, il veut vivre, comme toi !

L’urgence de la reconnaissance

La sentience des poissons ne fait plus débat

Le consensus scientifique est aujourd’hui assez clair : tous les poissons, ainsi que les céphalopodes sont des individu.e.s sentient.e.s ! C’est-à-dire par exemple qu’un poisson est en capacité de ressentir, de manière objective, des choses agréables ou désagréables.

Je vous mets quelques références, en français comme en anglais, ici, ici, là et encore là, ceci n’est pas exhaustif, et des tonnes d’autres sont disponibles en quelques clics sur Google (ou Ecosia, soyons dingues !).

Cela confère donc à nous, agents moraux de l’espèce humaine la même responsabilité qu’envers les animaux non humains terrestres comme celles et ceux appartenant aux espèces des vaches, des cochons, des poules et autres, autrement dit, de leur accorder des droits fondamentaux, pour respecter les intérêts que nous avons en commun : ceux de vivre et de ne pas souffrir !

« Et là, je leur ai dit que j’étais sentient, et ils ne m’ont pas cru, tout ça car je marche de travers !!!! » – Capitaine Krabs, Image authentique d’époque (sisi j’vous jure !).

Concernant les crustacés, le débat est quasi clos, ce sont, avec un bel indice de confiance des êtres sentients aussi. Même si les études sont peu nombreuses, le principe de précaution tend ici à s’appliquer, et donc à partir du principe que les crevettes et autres crabes et autres crustacés sont sentients ! Le même principe doit aussi s’appliquer chez nos amis les mollusques.

L’urgence écologique (…oui un peu quand même)

Non contente de lutter pour les mammifères marins, la Sea Shepherd Conservation Society est surtout aux premières loges pour observer la situation catastrophique des océans et des mers du globe (crédit image : AustralianTimes.co.uk)

Tous les spécialistes, tous les engagé.e.s, les scientifiques, vous diront que ça urge vraiment d’un point de vue purement écologique. Outre le fait que nous n’avons pas besoin de manger des animaux marins pour être en bonne santé (faudrait-il encore le rappeler ?), nous détruisons tout sur notre passage à racler le fond des océans, juste pour garantir l’apport en cadavre du magasin de sushis du coin de la rue, ni plus, ni moins.

Mais je suis convaincu (et là, j’ai zéro preuve, je prends un parti pris, tant pis !) que la solution à ce problème ne peut être trouvée, tant que les poissons ne seront pas reconnus comme des individus à part entière, nous ne parviendrons pas à surpasser les problèmes écologiques et environnementaux dont nous sommes les auteurs.

Diverses alternatives welfaristes semblent pointer leur bout de leur nez, comme les « Quotas Individuels Transférables »* ou l’aquaculture, cependant, ces mesures continuent de considérer les poissons comme des objets et des ressources. Et compte tenu de la sentience des poissons à prendre en compte désormais dans notre prise de décision, ces mesures ne peuvent être que bancales et incohérentes d’un point de vue de la morale.

*(je crois sincèrement que je n’ai absolument rien compris à la mise en pratique de ce truc, alors pour le lol, je vous glisse un lien d’explication ICI !)

Cette carte montre les endroits où la pêche en bateau est la plus intense en heures/km2, lien vers l’article original

Tu fais quoi le 24 mars prochain ?

Et voilà un peu le but de ce billet, c’est pour te parler de la prochaine JMFP : la Journée Mondiale pour la Fin de la Pêche.

Elle aura lieu le 24 mars, dans plein de villes du monde, avec plein de conférences, de manifs et événements divers, pour que tout le monde puisse enfin se positionner en faveur des ces êtres dont l’intérêt à vivre n’a jamais eu autant d’importance, pour notre avenir, mais surtout pour eux !!

Alors soyons nombreuses et nombreux à rejoindre cet événement international le 24 mars prochain !

Toutes les infos, les programmes de toutes les villes participantes sont ici : www.end-of-fishing.org/fr. En plus, ce site internet regorge de sources, de documentation, de lectures, de vidéos, tout ça constitue des heures de connaissances, de savoir gratos, dingue non !!

Mais dans tous les cas, et ce sera la conclusion de ce billet, si le sort des animaux terrestre nous importe, par soucis de cohérence, nous devons défendre l’existence et le respect des droits fondamentaux de tous les poissons, céphalopodes et autres crustacés, avec la même force que celle qui nous anime pour les animaux terrestres !

Lire: Des affiches dans le métro de Paris pour dénoncer la souffrance des poissons

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