Tribune Libre

[Tribune libre] Amour conditionnel

Il y a une semaine, j’ai participé à une retraite de méditation avec un groupe de femmes. Je sais ce que vous pensez :  des femmes avec de longues robes flottantes, des bijoux en quartz et de l’encens partout…  et bien figurez-vous que oui, certaines sont conformes au stéréotype, mais d’autres, pas du tout.

Et toutes étaient de très belles rencontres ! La semaine était un vrai plaisir d’introspection et de découvertes.

Sauf pour une chose je dois dire…

Dès le premier soir, les discussions autour de la table ont commencé à tourner autour du thème de la viande et des produits animaux en général. Je sentais déjà la tension monter en moi !

J’allais encore une fois devoir expliquer que non, on ne se prive pas quand on est végane, on fait des choix en accord avec notre conscience et franchement manger un morceau d’animal mort est juste répugnant, quand on y pense.

Mais non, surprise ! Toutes ces femmes étaient d’accord que : « nous mangeons trop de viande », « les conditions des animaux sont terribles », c’est effectivement « une des causes principales de la pollution dans le monde », etc.

Et pourtant, une seule autre femme était végane dans le groupe de 26 personnes que nous étions. Mais j’étais quand même ravie de leur ouverture d’esprit.

Dans le centre où se tenait la retraite, trois cuisiniers très motivés préparaient des repas délicieux, avec des ingrédients biologiques et locaux. Tous les légumes provenaient de leur jardin.

Il y avait bien sûr des accommodations pour celles qui souhaitaient manger végétalien, et le tout était délicieux (voir photos ci-dessous).

Mais ce qui me travaille, ce sont les menus qui étaient proposés.

Le premier soir : bœuf (jackfruit pour la version végétalienne).
Le second soir : poulet (riz aux légumes pour la version végétalienne).
Le troisième soir : poisson (remplacé par du tofu pour le menu végane).
Le quatrième soir : agneau (ou falafels pour la version végétalienne).

Et tous les matins, des œufs, sous une forme ou une autre, ainsi que du beurre pour le pain.

Si on résume bien.

Toutes ces femmes venues là pour méditer, se “reconnecter à la nature” et accessoirement se nourrir “sainement”, ont mangé des produits d’origine animale tous les jours, au minimum 2 fois par jour (les dîners étaient libres aux lieux des visites, donc probablement même 3 fois pour certaines).

Ce qui m’exaspère ici, c’est que chacune d’entre elles me dirait qu’elle mange très peu de viande, que si elle mange de la viande, elle sait exactement d’où elle vient (le gentil agriculteur du coin qui joue Mozart à ses vaches en les envoyant à l’abattoir).

Et pourtant, aucune d’elle n’a remarqué avoir mangé trop de viande, trop souvent. Et même, les discussions tournaient toujours autour de la qualité des produits, des talents des cuisiniers qui savent cuisiner “sain et bon”.

Je vois ça quotidiennement avec mes patients, lorsque les discussions santé abordent le thème de la nutrition, chacun d’entre eux me répète cette même rengaine : « Nous mangeons très peu de viande, très peu de produits laitiers. Et TOUJOURS de chez mon cher boucher si gentil et respectueux de ses animaux. »

J’aimerais aujourd’hui demander à chacun et chacune de se regarder dans les yeux et d’arrêter de se voiler la face.

Ce n’est pas une question de jugement des autres, ou d’être parfait. Personne n’est parfait, personne n’a toutes les réponses ou tous les codes de bonne conduite.

C’est une question d’auto-évaluation plus objective, la seule qui permet d’avancer et de changer ses choix. Se mentir à soi-même et regarder ailleurs, tout en prétendant se soucier du bien-être animal n’aide en rien la souffrance causée.

Une vache qui a reçu un câlin avant de se faire trancher la gorge, à qui on envoie une prière de remerciement lorsqu’elle est en morceaux dans notre assiette, n’a pas bénéficié d’une once de notre soi-disant humanité.

Et si encore nous en avions besoin pour notre santé, tout ce théâtre de bonnes intentions pourrait éventuellement être justifié. Mais tout ceci n’est qu’un cinéma pour ceux qui mettent leur plaisir gustatif avant la vie d’un autre être sensible, qui est de toute façon mort dans la peur et la souffrance.

Car soyons francs : on ne peut pas tuer gentiment quelqu’un qui ne veut pas mourir. La mise à mort est en soit un acte de violence extrême, quelle que soit l’intention du bourreau.

J’aimerais demander ici à tous les gens qui « mangent peu de viande » et qui « aiment les animaux » mais les mangent quand même, de regarder vraiment le contenu de leurs assiettes.

Chaque jour. A chaque repas. Et si ce qu’ils voient n’est pas en accord avec leurs valeurs, de changer, tout simplement (ou d’arrêter de se mentir).

Merci pour eux.

Photo d’illustration: Erik Brolin

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A propos de l'auteur-e

Plantastique
Plantastique
Dr en chiropratique, passionnée de santé et de cuisine vegan, Je veux montrer au monde qu'être vegan c'est aimer la vie, aimer manger, tout en se faisant du bien à soi-même, aux animaux et à la planète.