Une américaine à la recherche de légumes dans une montagne de fromage suisse

Article écrit par Wendy Werneth, américaine basée en Suisse. Publié en anglais sur The Nomadic Vegan. Traduit par Mlle L.

Dimanche passé, c’était mon anniversaire, Nick et moi avons donc décidé de passer le week-end en montagne, et avons réservé un hôtel dans le petit village d’Evolène en Valais, que nous n’avions encore jamais visité.

A notre arrivée nous avons été accueillis par le son de cloches de vache tintant dans les rues. Cela semblait un peu étrange, car non seulement on était en plein hiver, mais il faisait également nuit depuis longtemps; une vache se baladant dehors serait depuis longtemps rentrée à l’abri. Le mystère a été résolu à l’heure du souper avec notre première rencontre de l’une des « peluches » d’Evolène.

Crédit photo: www.thenomadicvegan.com
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A l’arrivée de Carnaval, les gars du coin se griment avec des masques effrayants et des peaux d’animaux. Ils arpentent les rues en sonnant des cloches et en terrorisant autant les locaux que les touristes. Tout reste très léger, bien sûr. Nick n’a eu que ses cheveux désordonnés après un de leur passage (et on lui a dit qu’il sentait l’alcool). Notre arrivée le 16 janvier coïncidait avec la première nuit de ces manigances.

Ok, avant de décrire notre repas, je me dois de parler de la cuisine suisse. Comme on pourrait l’attendre de la part d’un pays célèbre pour ses montagnes et son fromage, les plats traditionnels sont remarquablement similaires les uns aux autres, et sont invariablement une combinaison de pommes de terre, pain, fromage et/ou chair de cochon, avec à peine un légume en vue.

Cela les rend difficiles à véganiser: essayez d’enlever les produits animaux d’une fondue et vous vous retrouvez avec du… pain. Essayez de faire pareil avec des rösti et vous avez… des patates avec peut-être quelques oignons. De la raclette? Patates. De la tartiflette? Patates. Vous avez compris l’idée.

En voyageant dans les villes suisses, ou même dans un patelin de bonne taille, cela ne pose pas vraiment de problème, car personne ne mange réellement ces plats TOUT le temps et parmi les restaurants à fondue on trouve quantité de lieux servant de la cuisine italienne, chinoise, indienne, thaï ou marocaine.

Une fois en montagne, par contre, c’est différent. J’ai pensé que ça vaudrait la peine de faire un peu de recherche avant, donc après avoir cherché quelques menus et lus des avis de voyageurs, j’ai contacté un restaurant prometteur appelé Le Refuge. La raison principale qui m’a fait choisir ce lieu c’est qu’un de leurs menus à trois plats était végétarien et il semblait que quelques options soient végétaliennes.

La proprio, Véronique Vuignier, a répondu rapidement à mon email et a indiqué qu’il était tout à fait possible de préparer un menu végétalien pour moi. On a gardé ce plan pour mon repas d’anniversaire le dimanche soir; le vendredi on a tenté notre chance dans un des restaurants du village.

Crédit photo: www.thenomadicvegan.com
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On s’est retrouvé à La Dent-Blanche, c’est d’ailleurs là que nous avons rencontré la « peluche ». La section végétarienne du menu consistait en un plat: des rouleaux de printemps. J’ai trouvé cela assez étrange, car il y avait en fait plusieurs autres options qui était tout aussi végétarienne (juste pas végétalienne). Le plat local que Nick a commandé, par exemple, consistait en des pommes de terres rôties avec du fromage fondu dessus.

J’avais remarqué que la plupart des restaurants suisses avaient tendances à proposer au moins un plat indiqué comme « végétarien », je trouve donc assez mystérieux qu’ils ne considèrent pas leurs propres plats locaux sans viande comme tel. Peut-être que le végétarisme est encore considéré comme quelque chose de spécial et d’étranger, même si bien sûr les omnivores mangent de la nourriture végétarienne et végane tout le temps.

Mais bref, le serveur a discuté avec le personnel de cuisine et il s’est avéré que les rouleaux de printemps étaient végétaliens, servis avec une sauce aigre-douce au chili, des légumes vapeur et du riz.

Crédit photo: www.thenomadicvegan.com
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Samedi nous nous sommes réveillés avec un manteau de neige et les flocons ont continué de tomber tout au long de la journée. C’était le meilleur cadeau d’anniversaire que l’univers pouvait m’offrir. Ayant grandi à Alabama, je n’avais vu de la neige que de rares fois, ce qui signifie que les fois où ça a eu lieu c’était un truc ÉNORME.

Quelque chose d’aussi rare se transforme naturellement en un événement spécial, presque magique, et je n’ai jamais perdu ma fascination pour la neige. Malheureusement, on en voit de moins en moins à Genève, c’est pour ça que les sorties en montagne deviennent encore plus spéciales.

Cependant, je n’étais pas super motivée à aller DANS la neige. J’ai tendance à mettre la barre haute quand il s’agit d’être productive et accomplir des choses, mais le jour de mon anniversaire c’est un des rares jours de l’année où je me sens autorisée à me relaxer et ne rien faire. Les seules fois où l’on a quitté notre chambre d’hôtel c’était pour manger, et même là on a pas été très loin.

Le petit-déjeuner était inclus dans le prix de la chambre de l’Hôtel Hermitage, comme c’est souvent le cas dans les hôtels suisses. Cette fois-ci c’était la première fois où j’ai pris la peine de contacter l’hôtel en avance et leur demander s’il était possible d’ajouter à l’offre du lait de soja, demande acceptée directement. J’apprends enfin qu’il faut tout simplement demander ce que l’on veut et les gens sont généralement ok pour le faire.

Crédit photo: www.thenomadicvegan.com
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La gentille propriétaire m’a même donné le reste du berlingot d’un litre lors de notre départ à la maison, me disant que sa famille n’en buvait pas. Comme je ne voulais pas que ça soit gaspillé, j’ai accepté, bien que j’aurais peut-être dû l’encourager à en proposer à ses clients pour observer quelle demande il pouvait y avoir.

Pour le repas de midi, on s’est retrouvé dans un établissement bien connu du coin appelé Chez Raymonde, également appelé Le Vieux Mazot. J’ai lu des avis divergents et je ne savais pas trop à quoi m’attendre, mais la propriétaire Raymonde et son équipe étaient très sympathiques et ont fait de leur mieux pour me recevoir, même si le mieux qu’ils puissent faire c’était des patates rôties et de la salade.

Crédit photo: www.thenomadicvegan.com
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Même si je n’avais pas imaginé avoir une assiette convaincante juste avec des pommes de terre, je dois admettre qu’elles étaient vraiment délicieuses. Et comme je n’ai pas fait grand chose à part traîner au lit et lu toute la journée, elles ont fait leur boulot jusqu’à l’heure du souper. Cependant, la meilleure chose durant ce repas était la bonne compagnie:

Crédit photo: www.thenomadicvegan.com
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On ne sait jamais qui va rejoindre votre table à Evolène! Pendant que l’on attendait la nourriture, Raymonde est passée devant notre table avec ce magnifique chien en laisse, qui manifestement ne voulait pas la suivre et préférait s’affaler au sol près de moi. Raymonde expliqua que le chien, appelé Spooky, ne la suivait pas dehors si elle ne portait pas de manteau, car il savait que cela signifiait qu’elle allait juste le laisser dehors dans le froid au lieu de se promener avec lui.

Elle a démontré sa théorie en tendant la laisse à une employée en jaquette: Spooky se leva et suiva immédiatement la fille dehors. Et les gens pensent que les animaux ne sont pas intelligents…

A son retour, Spooky est resté près de moi ou à la table juste derrière moi. Notre style de vie nomade ne nous permettant pas la compagnie d’animaux, je chéris chaque moment que je peux passer avec les animaux que je rencontre.

L’après-midi, on a un peu célébré l’anniversaire avec un gâteau que j’ai préparé à l’avance et pris avec nous.

Le soir, nous avons pris la direction du Refuge espérant que ça serait un repas d’anniversaire mémorable. Je n’ai pas été déçue!

C’est devenu évident au moment où l’on a mis les pieds dans l’établissement, qui présente tout de suite mieux que les restaurants « façon taverne » du village; le service et la présentation étaient les deux supérieurs a ce que l’on a expérimenté jusque-là. C’est justement la proprio, Véronique, qui est venue prendre notre commande; dès que j’ai commencé à me renseigner sur les options véganes, elle s’est souvenue de l’échange d’emails qu’on avait eu ensemble deux semaines avant.

Même si elle n’était pas toujours certaine de savoir quels plats étaient végétaliens, elle a redoublé d’efforts pour en être sûre et pour créer un menu complet pour moi. Cela a commencé par cette salade très bien présentée:

Crédit photo: www.thenomadicvegan.com
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suivie par des légumes sautés et des frites (à la place du traditionnel gratin dauphinois qui contient de la crème fraîche animale).

Crédit photo: www.thenomadicvegan.com
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Pour le dessert, on m’a proposé un choix de sorbets fait maison avec des tranches d’ananas. Au final, j’ai choisi une boule de sorbet à la poire et l’une à la mandarine. C’était un délice!

Crédit photo: www.thenomadicvegan.com
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On a été si impressionné par ce restaurant qu’on a décidé d’y retourner le jour d’après. J’avais vu un plat de pâtes et un risotto sur le menu et ai pensé qu’ils seraient probablement végétaliens; hélas les tagliatelle contenait des œufs et le risotto préparé à l’avance contenait de la crème et du fromage.

J’ai donc repris des légumes sautés, mais Véronique a fait de son mieux pour y apporter un peu de variété, en les servant avec du riz et des pommes de terre à l’ail. Les patates étaient délicieuses, bien meilleures que les frites de la veille. En plus, Véronique m’a proposé un deuxième service, offert par la maison – ce que je n’ai pas pu refuser.

Crédit photo: www.thenomadicvegan.com
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Je recommande sans hésitation Le Refuge, mais je recommande aussi de réserver à l’avance et de faire savoir que vous avez besoin d’un plat végétalien. Si vous prévoyez d’y aller plusieurs fois, faites-leur savoir aussi, je suis certaine qu’ils seront ravis de créer quelques chose de nouveau et différent pour vous.

Véronique m’a aussi confié que si on indiquait précisément la date et l’heure du repas souhaitées, ils peuvent mettre de côté une portion de soupe aux légumes sans crème.

J’ai donc appris une très bonne leçon pour ma prochaine visite, mais même sans soupe les repas que j’ai pris à Evolène ont été très appréciés et j’ai été, encore une fois, agréablement surprise de la facilité à voyager en étant végane, même dans un village perdu dans les Alpes, au cœur du pays du fromage.

Cela nécessite la flexibilité et la coopération d’âmes gentilles et généreuses, mais elles semblent être abondantes dans ces coins-là.

 

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VeggieRomandie

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