Une nouvelle marque de chaussures 100% véganes naît en France!

Au moment de devenir végane, nous sommes nombreuses et nombreux à avoir pu constater le manque de choix en termes de bonnes chaussures qui ne soient pas en cuir. Plutôt que de rester perplexe face à ce constat, Marie, 24 ans, est de celles et ceux qui prennent les choses en main : elle lance cette année sa propre ligne de chaussures véganes, « Minuit sur terre », dans le respect des animaux et des artisans.

Nous lui avons demandé de nous raconter un peu sa démarche…

Bonjour Marie, merci de nous consacrer un peu de temps ! Pourrais-tu avant tout te présenter, nous raconter ton parcours ?

J’ai 24 ans et je viens de terminer mes études (j’étais encore en cours au mois de décembre !). J’étais en double diplôme entre sciences Po Bordeaux (M2 Gestion des Entreprises) et l’IAE de Bordeaux (M2 Marketing Stratégique).

Je n’avais jamais pensé créer mon entreprise avant il y a encore quelques mois. J’ai mis du temps à trouver ma voie. Une fois mon bac littéraire en poche, j’ai fait un an d’hypokhâgne (classe préparatoire aux grandes écoles) puis j’ai intégré Sciences Po Bordeaux en première année.

Depuis quand t’intéresses-tu au véganisme, à la mode, à l’entrepreneuriat, et lequel de ces trois domaines a prédominé dans le processus de création de Minuit sur Terre ?

Je suis devenue végétarienne il y a 3 ans et demi maintenant: j’ai vu lors d’une fête un cochon entier rôtir sur une broche… Le déclic! Je n’ai pas pu en manger ce soir-là, et j’ai ensuite arrêté petit à petit le poisson, les produits laitiers, les œufs… Sur le plan alimentaire, ça ne m’a pas vraiment posé de problèmes puisque je n’aimais ni la viande, ni le fromage! Tout le reste se remplace facilement, même si j’avoue avoir eu du mal à me passer de chocolat au lait au début !

En revanche, pour tout ce qui ne relève pas de l’alimentaire, je trouve ça beaucoup plus compliqué, et notamment le cuir.

C’est l’été dernier que l’idée de créer une marque de chaussures véganes a commencé à faire son chemin dans mon esprit : je voulais acheter une paire labellisée et… je n’en ai trouvé aucune qui me plaisait. Et c’était frustrant, car acheter des chaussures sans cuir de mauvaise qualité faites par des enfants en Chine, je trouve ça très moyen comme alternative.

Le projet est véritablement né comme ça, je n’ai pas du tout une “passion” pour l’entrepreneuriat à la base, et je n’ai pas absolument cherché une idée pour me lancer, c’est plutôt en constatant ce problème là que je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire car je ne devais pas être la seule dans cette situation. Au début, je pensais attendre un peu pour me lancer, travailler un peu dans la chaussure, mettre un peu d’argent de côté… Mais j’ai vite changé d’avis car je suis persuadée que c’est le bon timing et qu’il y a une vraie demande.

Sans être une modeuse avertie, j’ai toujours aimé les chaussures, et pour avoir travaillé un an dans le secteur de la mode (la lingerie plus précisément) je savais que cela me plairait (plus que de vendre des tracteurs en tout cas).

Et d’ailleurs : pourquoi « Minuit sur Terre » ?

En référence à Cendrillon, car c’est la preuve qu’une paire de chaussures peut changer une vie! Mon objectif, c’est de changer des vies, en commençant par celles des animaux. On m’a dit une fois que ce n’était pas très végane comme référence puisque dans la version de Perrault elle porte des souliers de vair (la fourrure d’un petit écureuil).

Ce à quoi je réponds qu’il s’agit d’un conte très ancien présent dans de nombreuses cultures et que cette version n’est ni la plus ancienne, ni la plus connue (vive Disney !) et que c’est dommage de s’arrêter à ce détail alors que la symbolique derrière est forte.

J’ai ton âge et je suis hyper impressionnée de la mise en œuvre de ton projet, du coup je me pose plein de questions sur comment on entreprend un tel projet ! Dans quel ordre as-tu pris les choses ? Est-ce que tu commences par dessiner des chaussures ? Par chercher un fournisseur ? Comment tout ce processus s’est-il passé pour toi ?

C’est quand j’ai diffusé une vidéo accompagné d’un petit questionnaire que j’ai véritablement décidé de me lancer : elle est très vite devenue virale (il y a plus de 25 000 vues à ce jour et j’ai eu presque 2300 réponses au questionnaire). C’était la confirmation que le projet avait du potentiel et que l’idée plaisait ! Plus d’excuse pour reculer !

A partir de ce moment-là, j’ai demandé le statut étudiant-entrepreneur qui me permet d’être incubée à l’incubateur de l’université de Bordeaux (je bénéficie d’un accompagnement et d’un espace de co-working gratuit), et surtout, qui m’offre la possibilité de convertir mon stage de fin d’études en projet de création d’entreprise. Je suis donc à temps plein sur le projet depuis début janvier seulement !

Au début, je reconnais avoir un peu paniqué : qu’est-ce que je fais en premier ? Pour ne pas perdre de temps, j’ai commencé par tout de suite chercher des matières et des fabricants, pour savoir si c’était réalisable déjà. Pour la fabrication, le Portugal s’est imposé de lui-même car il est reconnu pour son savoir-faire dans la chaussure tout en étant un pays où les droits des travailleurs sont respectés.

Aperçu de l’espace de production de Minuit Sur Terre.

J’ai passé beaucoup de temps sur Google et envoyé beaucoup de mails, avant de tomber sur un agent de production avec qui j’ai choisi de travailler. Pour les matières, j’ai demandé des échantillons (principalement en Italie, qui sont réputés pour le cuir mais aussi pour le simili-cuir) et j’ai ensuite choisi le fournisseur qui était le plus axé dans une démarché écologique.

Après avoir discuté avec eux, et surtout l’agent de production, on s’est mis d’accord pour des délais et il paraissait raisonnable de prévoir la livraison de la première collection en septembre. C’est seulement à ce moment à que j’ai réfléchi aux modèles, car la période de l’année déterminait le type de chaussures à fabriquer ! Ça aurait été bête de proposer des sandales en plein mois de décembre 😉

Baskets Virevolte

Peux-tu me dire quelques mots sur le processus créatif ? Tu proposes un certain nombre de modèles, d’où tires-tu ton inspiration? Dessines-tu les modèles toi-même?

Pour les modèles, j’ai fait de gros dossiers avec tout ce que j’aimais bien comme modèles d’autres marques, avec beaucoup de photos. Pour la première collection, j’ai choisi de faire 6 modèles, dans un style plutôt classique et intemporel car je souhaite que cette collection soit permanente. Elle sera complétée chaque saison par des collections capsule au style plus audacieux ! Dans la première collection sont prévus :

  • une paire de bottines plates à bride (en noir et camel)
  • une paire de bottines plates bi-matière à tresse (en noir et camel)
  • une paire de bottines hautes à bride (en noir et camel)
  • une paire de sneakers (en camel aspect “nubuck” et gris souris aspect “daim)
  • une paire d’escarpins en simili daim noir
  • une paire de babies en simili daim noir.

Comme je ne sais pas dessiner, c’est ma petite sœur qui a joué les stylistes à partir des planches de modèles que je lui ai montrées et des indications que je lui ai données.  Heureusement qu’elle est très talentueuse !

Bottines Utopie

Où en est ton projet aujourd’hui ? Quel accueil a-t-il reçu ? Et comment se sent-on à la veille de le lancer ?

Pour le moment, je suis en train de finaliser les prototypes (un pied par modèle). Dès que tout sera au point, je ferai fabriquer les échantillons (une paire par modèle et par coloris, donc 10 paires) et j’organiserai un shooting à ce moment-là pour immortaliser la collection. Ensuite, je lancerai la campagne de crowdfunding, qui est prévue pour le mois de mars.

Pour le moment j’ai tellement de travail que je n’ai même pas le temps de stresser. J’espère que les précommandes seront un succès car ce sera vraiment déterminant pour la suite ! Si cela marche bien, cela pourra me permettre d’assurer les premières collections, d’embaucher, et pourquoi pas de proposer rapidement une collection homme ! J’ai encore plein d’idées pour la suite !

Mais j’ai confiance en ce projet. Et puis sur Facebook les gens sont tellement bienveillants ! J’ai énormément de messages de soutien, de gens qui me demandent où ils peuvent commander, qui ont l’air ravi ! Ça me fait chaud au cœur et me motive d’autant plus pour avancer !

As-tu rencontré des “embûches” ou encore des réticences sur ton chemin ? A quels niveaux ?

Sur le projet en lui-même, je n’ai pas eu de retour négatif pour le moment, tout le monde semble croire en l’idée. Mais il faut dire que je suis tellement enthousiaste quand j’en parle et que j’ai appris à contrecarrer tous les arguments qu’on pourrait m’opposer que ça doit jouer aussi !

J’ai eu une petite frayeur avec la matière camel des sneakers, le fournisseur ne voulait pas m’en vendre moins de 300 mètres (ça fait 2000 paires alors que j’en avais prévu 150 dans ce coloris) mais finalement j’ai réussi à négocier donc tout va bien 😃

Le plus grand défi qu’il me reste, ce sont les banques. C’est très difficile de les convaincre sans avoir réussi le crowdfunding car elles ne veulent pas “se mouiller”. Tout se jouera donc là-dessus, et cela me permettra de payer la première partie de la commande.

Et finalement : Où peut-on commander tes créations ?

Pour le moment, il faut encore un peu patienter. Dès que les échantillons seront prêts et les photos faites, il sera possible de précommander sur la plateforme de crowdfunding KissKissBankBank. Il y aura aussi des contreparties surprises, mais je n’en dit pas plus pour le moment !

Le lancement sera annoncé sur la page Facebook et par mail pour les inscrits à la newsletter : je viens de terminer mon site, www.minuitsurterre.com, donc n’hésitez pas à vous inscrire (tout en bas de la page). Promis, on ne vous enverra pas de spam ni de messages toutes les semaines 😉

Ensuite, il sera possible de commander directement via le site à l’arrivée de la collection en Septembre.

Dès que j’aurai tous les modèles de la collection, je souhaite aussi les distribuer dans un maximum de boutiques physiques, et ce, partout dans le monde. Je vise aussi bien les concept-stores véganes que les boutiques multi-marques traditionnelles.

Merci à Marie, nous lui souhaitons beaucoup de succès dans la réalisation de ce beau projet !

 

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Mathilde

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